ACE2, huiles essentielles et infection par le SRAS-CoV-2

Temps de lecture : 14 minutes

L’article ACE2, huiles essentielles et infection par le SRAS-CoV-2 que vous allez lire est la traduction d’un article de Camille Charlier sur Aromatic Studies. L’étude dont il est question est apparue à certains sur les réseaux sociaux comme très prometteuse. Cet article très complet vous explique ce qu’il en est. Vous comprendrez ce qu’est l’ACE2 (l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2), sa fonction et son rôle dans l’infection au SRAS-CoV-2, et si les huiles essentielles ont une action sur cette enzyme et donc sur la COVID-19. Vous trouverez aussi quelques pistes pour ne pas perdre du temps à lire des articles de qualité mineure et méthodologiquement faibles (je me promets de vous proposer une publication plus détaillée sur le sujet). Un article indispensable à mon avis.

ACE2, huiles essentielles et infection par le SRAS-CoV-2

En juin 2020, un article intitulé “Geranium and Lemon Essential oils and their active compounds down regulate Angiotensin-Converting Enzyme 2 (ACE2), a SARS-CoV-2 spike receptor-binding domain, in epithelial cells” ( les huiles essentielles de géranium et de citron et leurs composants actifs régulent à la baisse l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2, un domaine de liaison du récepteur de pointe du SRAS-CoV-2 dans les cellules épithéliales) a été publié dans la revue Plants (Bâle).

Je sais, vous vous posez des questions. Nous nous posons des questions. Qu’est que l’ACE2 et comment est-elle reliée au SARS-CoV2 ? Quelle est sa fonction normale dans l’organisme ? Qu’est-ce qu’un domaine de liaison des récepteurs de pointe ? Pourquoi la régulation à la baisse de l’expression de l’ACE2 dans les cellules épithéliales est-elle importante pour la COVID-19 ? Qu’est-ce que tout cela signifie ?

Pas d’inquiétude, dans cet article, nous allons :

  1. Nous assurer de la légitimité de la revue Plants publiée par MDPI
  2. Définir L’ACE2, sa fonction et sa relation avec le SRAS-CoV-2
  3. Décortiquer sa méthodologie et les résultats de cette étude et discuter de la valeur des études in vitro, in vivo et des essais cliniques.
  4. Interpréter ces résultats dans le contexte de la littérature scientifique sur l’infectiosité de l’ACE2 et du SRAS-CoV-2 et la pathogénèse de la COVID-19.

Examinez votre source

Commençons par le commencement. Chaque fois que vous tombez sur un article de recherche intriguant, prenez le temps de valider la revue. Le fait que quelque chose se dise “publication scientifique” ne le rend pas légitime.

Au cours de la dernière décennie, nous avons assisté au développement de revues prédatrices, fléau omniprésent de la communauté scientifique.

Un rigoureux colloque de 2019, réunissant des universitaires et des éditeurs, a défini les revues et éditeurs prédateurs comme “des entités qui donnent la priorité à leur intérêt personnel au dépend de la connaissance, caractérisées par des informations fausses ou trompeuses, une déviation par rapport aux meilleures pratiques éditoriales et de publication, un manque de transparence et/ou une utilisation de pratiques de démarchage agressives et sans discernement”.

Que sont les revues prédatrices ?

Les revues prédatrices ont été décrites comme une “menace mondiale”. Elles acceptent des articles pour la publication moyennant des commissions importantes, sans effectuer les contrôles de qualité promis concernant par exemple le plagiat ou l’approbation éthique. Les lecteurs naïfs comme les chercheurs chevronnés ont été la proie de ces revues. Les analyses indiquent que les éditeurs prédateurs amassent des millions de dollars en commissions de publication uniquement pour dilapider les ressources et produire des connaissances de piètre qualité.

Ces revues de faible qualité se sont multipliées comme une hydre pour répondre à la demande institutionnelle de publication d’articles par les universitaires. Les universités utilisent fréquemment le nombre d’articles publiés par un universitaire comme référence pour l’obtention d’un diplôme ou l’avancement de sa carrière. Dans une culture du « publier ou périr », de nombreux chercheurs se tournent vers des revues prédatrices pour étoffer leur CV (Grudniewicz et al., 2019).

En effet, une nouvelle forme de savoir est nécessaire pour évaluer la qualité des revues.

Jetez un coup d’œil sur les signaux d’alarme que sont les fautes d’orthographe, une conception graphique non professionnelle ou extravagante, et le mot « international » dans le nom de la revue. Consultez un index des revues prédatrices pour confirmer que votre source n’en fait pas partie. Mais n’oubliez pas que ces listes ont une valeur limitée, car les index de ce type sont nombreux et les incohérences abondent.

Examinons notre revue actuelle, Plants (Bâle)

D’après une recherche superficielle sur Google, elle ne semble pas faire honneur à ces listes de revues de prédateurs. Cela étant dit, son éditeur, le MDPI (Multidisciplinary Digital Publishing Institute), a une histoire un peu louche. L’éditeur, qui produit 213 revues en libre accès, est fortement incité par les commissions de publication à privilégier le volume à la qualité (de Vrieze, 2018).

Inutile de supposer que le présent document est médiocre, nous ne pouvons simplement pas être certains que la revue s’est engagée dans un contrôle de qualité consciencieux. Nous devrons faire notre propre contrôle.

Entrons dans la science maintenant, voulez-vous ?

ACE2 et la protéine de pointe du SRAS-CoV-2

L’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE2) est un récepteur de la cellule hôte, principalement lié à la membrane, qui intervient dans la régulation de la pression artérielle. L’ACE2 est exprimée dans divers tissus humains, à des niveaux élevés dans l’intestin grêle, les testicules, les reins, le cœur, la thyroïde et les tissus adipeux, et à des niveaux modérés dans les poumons, le côlon, le foie, la vessie et les glandes surrénales (Li et al., 2020).

L’ACE2 peut agir comme vasodilatateur, antioxydant et anti-inflammatoire. Inversement, “le déficit en ACE2” est associé à l’hypertension, le diabète, et les maladies cardiovasculaires (Bosso et al. 2020). L’ACE2 remplit de nombreuses fonctions physiologiques, dont une majorité concerne la protection contre les lésions des poumons (Samavati et Uhal 2020).

*Structure du domaine de liaison au récepteur du coronavirus du SRAS (cyan) avec son récepteur ACE2 (vert), d’après PDB : 2AJF.

Le virus du SRAS-CoV-2 accède aux cellules hôtes humaines au moyen d’une protéine de pointe incorporée dans l’enveloppe virale. Ces protéines de pointe donnent au virus son apparence caractéristique de couronne « corona ». La protéine de pointe, avec l’aide de cofacteurs locaux, se lie aux récepteurs ACE2 dans l’épithélium humain (principalement nasal). Cela permet au virus de pénétrer dans la cellule, où il peut détourner la machinerie cellulaire, se répliquer et établir une infection.

Les cofacteurs de liaison du SRAS-Cov-2 son plus largement exprimés dans tout l’organisme que l’ACE2, suggérant que la disponibilité des récepteurs ACE2 pourrait être un facteur limitant pour l’entrée du virus au stade initial de l’infection (Sungnak et al. 2020).

En résumé, l’ACE2 est un récepteur à deux visages : il remplit une fonction de protection cruciale dans les systèmes cardiovasculaire et pulmonaire, tout en servant simultanément de point d’entrée du SRAS-CoV-2 dans son hôte humain.

Les huiles essentielles de géranium et de citron régulent à la baisse les récepteurs de l’ACE2

Cette étude examine l’effet de diverses huiles essentielles sur l’expression des récepteurs de l’ACE2 dans l’épithélium intestinal.

Pour leurs expériences, les chercheurs ont utilisé des cellules de lignée cellulaire d’adénocarcinome du colon HTG-29, un type de cellules qui a été choisi parce que, pense-t-on, elles surexpriment l’ACE2. Autrement dit, des cellules présentant une surabondance de récepteurs d’ACE2 ont été utilisées pour rendre plus clair l’impact des huiles essentielles sur l’expression de l’ACE2 in vitro.

Les cellules HT-29 sont un choix courant dans les études pré-cliniques in vitro, souvent celles qui impliquent la différenciation et la perméabilité cellulaires intestinales (Martinez-Masqueda et al. 2015). Les lignées cellulaires cancéreuses sont largement utilisées dans les expériences in vitro, en particulier dans la recherche sur le cancer et le développement de médicaments, car elles produisent une source illimitée de matériel biologique avec lequel travailler (Mirabelli et al. 2019).

Les chercheurs ont commencé par tester l’activité cytotoxique des huiles essentielles sur ces cellules, et ils ont utilisé ces données pour déterminer les concentrations expérimentales idéales ou  “les concentrations non cytotoxiques maximales”. Les cellules HT-29 ont été incubées avec ces concentrations optimales d’huiles essentielles pendant 48h.

Les huiles essentielles testées étaient :
  • petit grain
  • tea tree
  • eucaplyptus
  • bergamote
  • baies de genévrier
  • tangerine
  • cyprès
  • néroli
  • citron
  • géranium

Toutes les huiles ont significativement réduit l’expression de l’ACE2 dans les cellules contrôlées HT-29. Le citron et le géranium ont provoqué l’effet le plus important et ont démontré une inhibition de l’expression de l’ACE2 dépendante de la dose.

Les huiles essentielles de citron et de géranium ont fait l’objet de tests plus approfondis qui ont révélé qu’elles inhibaient l’expression de TMPRSS2, un cofacteur important qui entraîne la liaison du SRAS-CoV-2 avec l’ACE2.

Puis les composants principaux des huiles essentielles de citron et de géranium ont été déterminés :

Huile essentielle de géranium :

  • Citronellol (27,1%)
  • Géraniol (21,4 %)
  • Acétate de néryle (10,5 %)

Essence de citron :

  • Limonène (73,0 %)
  • γ-terpinène (9,2 %)
  • β-pinène (8,6 %)

Ces constituants ont également été évalués pour leurs concentrations cytotoxiques, et des concentrations expérimentales optimales ont été déterminées. Le traitement au citronellol, géraniol, limonène et acétate de néryle s’est avéré inhiber de manière significative l’expression de la protéine ACE2 et réduire les niveaux d’ARNm TMPRSS2 dans les cellules HT-29.

Les auteurs avancent que leur étude est la première du genre. Ils notent que la majorité des recherches in vitro qui examinent les propriétés antivirales des huiles essentielles en ont identifié les mécanismes primaires qui sont :

  1. L’inhibition de la réplication virale par blocage de la biosynthèse virale.
  2. La perturbation de la structure ou des glycoprotéines du virus, réduisant ou éliminant ainsi l’infectiosité des particules du virus.

Cette étude est unique en ce que les auteurs proposent un nouveau mécanisme antiviral de réduction du risque d’infection en modulant le terrain hôte :

  1. En régulant à la baisse l’expression des récepteurs ACE2, la molécule cible primaire de l’invasion virale.
  2. En inhibant l’expression de TMPRSS2, un cofacteur crucial de la liaison de la protéine de pointe virale à l’ACE2.

Les auteurs concluent que ces huiles essentielles et leur composants principaux pourraient être utilisés pour altérer l’environnement épithélial afin de bloquer l’invasion par le SRAS-CoV-2 (Senthil Kumar et al 2020).

In vitro, in vivo, cliniques : toutes les études ne se valent pas

L’étude examinée dans cet article était in vitro, c’est-à-dire réalisée dans une boite de Pétri. C’est un bon début, mais il va sans dire que le corps humain est un rien plus complexe qu’un amas de cellules dans un bac en plastique. En tant que tels, les résultats des études in vitro ne devraient pas être extrapolés à la pratique clinique sans une confirmation in vivo : études animales, et enfin essais cliniques.

Voyez par exemple le métabolisme. Tout comme l’huile essentielle agit sur le corps, le corps agit sur l’huile essentielle. Le métabolisme humain décompose les huiles essentielles, les convertit en divers métabolites, chacun avec sa propre bioactivité spécifique. Il est impossible de savoir quelle action une substance aura sur le corps à partir des seules études in vitro. De plus, les méthodes d’administration (aromathérapie, absorption transdermique, capsules ingérées oralement, etc.) affectent l’absorption et le métabolisme des huiles et de leurs composants. Ce qui aura un impact significatif sur leur biodisponibilité et leur activité.

Une autre limitation majeure de la méthodologie de cette étude est l’utilisation de cellules HT-29 qui, comme avec d’autres modèles de lignées cellulaires dérivées du cancer, sont connues pour montrer des différences dans l’expression des gènes par rapport aux cellules normales (Martinez-Maqueda et al., 2015). Même aux limites de la recherche in vitro, nous ne pouvons être sûrs que les huiles essentielles de citron et de géranium et leurs composants principaux, produiraient les mêmes effets sur les cellules normales de l’intestin comme elles l’ont fait sur les cellules d’adénocarcinome HT-29.

Enfin, l’ACE2 est différemment exprimée dans les tissus à travers le corps. Concernant le SRAS-CoV-2, le lieu le plus important pour la transmissibilité virale est l’épithélium nasal. A partir de cette étude, on ne voit pas clairement comment les huiles essentielles influenceraient l’expression de l’ACE2 dans ce type de cellules.

Lily-M. Image sous licence créative commons (CCBY-SA 3.0)

Dans le contexte de la littérature scientifique

Toute la prémisse de cette étude est fondée sur l’idée que la réduction de l’expression des récepteurs de l’ACE2 va réduire la vulnérabilité à l’infection par le SRAS-CoV-2. Théoriquement, cela a du sens : si le SRAS-CoV-2 se lie en premier aux récepteurs de l’ACE2 pour envahir les cellules hôtes, alors réduire le nombre de récepteurs réduira le risque d’infection.

L’idée est plausible, bien sûr, mais a-t-elle été prouvée ? Jetons un coup d’oeil sur la recherche et voyons si nous pouvons y trouver quelques réponses.

Y a-t-il des preuves que la réduction de l’expression des récepteurs de l’ACE2 protège de la COVID-19 ?

Les auteurs d’un article publié le 5 juin 2020 déplorent dans leurs conclusions : « Étonnamment, on sait peu de choses sur l’effet de la liaison du virus SRAS-CoV-2 à l’ACE2. » Leur « question critique », à laquelle il reste à répondre est à peu près la même que la nôtre : « Les inhibiteurs ou activateurs connus de l’ACE2 ont-ils un ou plusieurs effets sur la liaison du virus du SRAS-CoV-2 au récepteur de l’ACE2 et/ou sur l’infection des cellules épithéliales des poumons ? » (Samavati et Uhal, 2020).

Une façon d’aborder cette question est de considérer les effets des médicaments connus pour augmenter l’expression des récepteurs de l’ACE2. Ce sont en premier lieu des médicaments anti-hypertensifs, comprenant des antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ARAII) et des inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IECA). En avril 2020, il n’existait aucune donnée clinique concernant les effets des ARA et des IECA sur l’expression ou l’activité de l’ACE2 dans les tissus humains. Il n’existe pas non plus d’études sur les animaux pour examiner ces effets. Il n’existe que des résultats in vitro.

En d’autres termes nous ne savons pas du tout si les ARA et les IECA augmentent la vulnérabilité au SRAS-CoV-2 ou aggrave la sévérité des conséquences de la COVID-19.

Nous savons que chez les souris, l’inactivation du gène de l’ACE2 réduit beaucoup l’infection virale et la réplication après une infection au SRAS-CoV-2 expérimentale. Il reste cependant à savoir si la régulation à la baisse de l’ACE2, par opposition à la neutralisation totale du gène de l’ACE2, aura des effets comparables. En outre, nous ne savons toujours pas si l’ACE2 est le seul récepteur de l’infection par le SRAS-CoV-2.

Les chercheurs qui étudient les virus de la grippe et d’autres coronavirus (mais pas le SRAS-CoV-2) ont découvert qu’il est possible que la transmissibilité virale dépende de la distribution spatiale des récepteurs de l’ACE2 et des cofacteurs requis pour la liaison du SRAS-CoV-2 le long du tractus respiratoire (Sungnak et al., 2020) ; cela suggère que la disponibilité des récepteurs pourrait jouer un rôle dans l’infectiosité virale, mais ne rend pas compte de la complexité des cofacteurs nécessaires à la liaison de SRAS-CoV-2 et à leur distribution dans les tissus.

Les auteurs d’une récente revue intitulée “Les interactions du coronavirus avec ACE2, angiotensine II les inhibiteurs du système rénin-angiotensine – leçons des preuves disponibles et aperçu de la COVID-19” (Interactions of coronaviruses with ACE2, angiotensin II, and RAS inhibitors—lessons from available evidence and insights into COVID-19), publiée dans Hypertension Research le disent clairement : “Nous ne savons pas si les changements dans les niveaux d’ACE2 facilitent une entrée plus importante de SRAS-CoV-2 dans les cellules même sur modèles animaux, sans parler des humains. Autrement dit, l’idée que la régulation à la hausse de l’ACE2 conduirait à des taux plus élevés d’infection, ou que l’ACE2 inhibée serait préventive, n’est que pure spéculation.” (Kai et Kai, 2020)

Donc la réponse est : nous ne savons pas. Et nous ne saurons pas avant qu’il y ait des essais cliniques.

L’inhibition de l’expression de l’ACE2 a-t-elle des conséquences physiologiques négatives ?

Comme nous l’avons déjà mentionné dans cette analyse, l’ACE2 est un régulateur essentiel de l’homéostasie de la pression artérielle ; des déficiences de ce récepteur ont été associées au diabète, aux maladies cardiovasculaires et aux lésions pulmonaires.

Une déficience de l’ACE2 a été constatée chez les personnes souffrant d’hypertension, de diabète et de maladies cardiovasculaires et chez les personnes âgées – précisément les populations qui sont les plus susceptibles d’être infectées et qui, une fois infectées, souffrent de complications plus graves de la COVID19.

Il est intéressant de noter que la liaison du SRAS-CoV-2 aux récepteurs de l’ACE2 peut entraîner une déficience ultérieure de l’ACE2. De plus, la réduction de l’expression de l’ACE2 est liée à la gravité et à la mortalité de la COVID-19. Une fois que le SRAS-CoV-2 se lie aux récepteurs de l’ACE2 et pénètre dans la cellule hôte, les récepteurs de l’ACE2 sont ensuite régulés à la baisse, ce qui contribue au déficit de celle-ci. Cette inhibition de l’ACE2 entraîne un dérèglement prononcé de l’homéostasie de la pression artérielle et favorise la progression des processus inflammatoires et thrombotiques (Verdecchia et al., 2020).

La régulation à la baisse de l’expression du récepteur de l’ACE2 entraîne une augmentation de la concentration d’une substance appelée angiotensine II. On a constaté qu’un déséquilibre de l’indicateur de l’angiotensine II causé par une déficience en ACE2 amplifiait les lésions pulmonaires aiguës dans les modèles animaux (Milne et al., 2020).

L’angiotensine II endommage les poumons en diminuant la stabilité de l’endothélium pulmonaire, ce qui peut aggraver la détresse respiratoire. Elle entraîne également une augmentation de la sécrétion d’aldostérone, une hormone stéroïde impliquée dans la conservation du sodium, qui augmente la réabsorption du sodium, la perte de potassium par l’urine et l’inflammation (Silhol et al., 2020).

Il a été démontré que l’angiotensine II provoque des effets indésirables, notamment :

  • Hypertrophie et dysfonctionnement du myocarde
  • Fibrose interstitielle
  • Dysfonctionnement endothélial
  • Inflammation accrue
  • Hypertension artérielle associée à l’obésité
  • Stress oxydatif
  • Augmentation de la coagulation.

L’angiotensine II interfère également avec l’immunité adaptative en activant les macrophages et autres cellules immunitaires, ce qui déclenche une production accrue d’IL-6 pro-inflammatoire, TNFα, et d’autres cytokines inflammatoires (Verdecchia et al., 2020).

Les personnes souffrant d’hypertension comorbide ont un taux de mortalité plus élevé en raison de la COVID-19. On peut se demander si cela est dû à la pathogenèse de l’hypertension, ou aux traitements couramment associés comme les ARA et les IECA. De nombreux médicaments antihypertenseurs sont connus pour élever la régulation des récepteurs ACE2, et les chercheurs ont voulu savoir si cela augmentait la susceptibilité des patients à l’infection par le SRAS-CoV-2. Le consensus général semble être que non. Les chercheurs semblent s’accorder sur le fait que les avantages en termes de protection cardiovasculaire et pulmonaire d’une augmentation de l’expression de l’ACE2 l’emportent sur tout risque théorique de susceptibilité accrue à l’infection (Bosso et al., 2020).

En résumé, il n’y a pas de preuve concluante que la régulation à la baisse des récepteurs de l’ACE2 bloque l’infection par le SRAS-CoV-2, mais une abondance de preuves que l’ACE2 est essentielle pour la santé cardiovasculaire et pulmonaire.

Comme d’habitude, cette étude soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Quel serait l’effet des huiles essentielles sur les récepteurs de l’ACE2 dans l’épithélium nasal ? Les huiles essentielles protègent-elles réellement contre l’infection par le SRAS-CoV-2 chez l’homme par un mécanisme de régulation à la baisse de l’ACE2 ? Comment les modes d’administration des huiles essentielles influencent-ils le niveau d’infectiosité ? La régulation à la baisse de l’expression de l’ACE2 a-t-elle des conséquences pulmonaires et cardiovasculaires négatives ?

C’est plutôt décevant… il n’y a rien dans cette étude que vous puissiez exploiter et appliquer dans votre pratique clinique, à la maison ou dans vos soins personnels. La recherche scientifique est un processus, souvent lourd, et il y a rarement des réponses claires ou des conclusions satisfaisantes.


Parfois, ce sont les choses simples qui fonctionnent : écoutez votre corps, lavez-vous les mains, et prenez de la distance sociale comme si votre vie en dépendait.


References
Bosso, M., Thanaraj, T. A., Abu-Farha, M., Alanbaei, M., Abubaker, J., & Al-Mulla, F. (2020). The two faces of ace2: The role of ace2 receptor and its polymorphisms in hypertension and covid-19. Molecular Therapy. Methods & Clinical Development, 18, 321–327. https://doi.org/10.1016/j.omtm.2020.06.017


de Vrieze, J. (2018, September 4). Open-access journal editors resign after alleged pressure to publish mediocre papers. American Association for the Advancement of Science; Science. https://www.sciencemag.org/news/2018/09/open-access-editors-resign-after-alleged-pressure-publish-mediocre-papers

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Grudniewicz, A., Moher, D., Cobey, K. D., Bryson, G. L., Cukier, S., Allen, K., Ardern, C., Balcom, L., Barros, T., Berger, M., Ciro, J. B., Cugusi, L., Donaldson, M. R., Egger, M., Graham, I. D., Hodgkinson, M., Khan, K. M., Mabizela, M., Manca, A., … Lalu, M. M. (2019). Predatory journals: No definition, no defence. Nature, 576(7786), 210–212. https://doi.org/10.1038/d41586-019-03759-y


Kai, H., & Kai, M. (2020). Interactions of coronaviruses with ACE2, angiotensin II, and RAS inhibitors—Lessons from available evidence and insights into COVID-19. Hypertension Research, 43(7), 648–654. https://doi.org/10.1038/s41440-020-0455-8


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Martínez-Maqueda, D., Miralles, B., & Recio, I. (2015). HT29 cell line. In K. Verhoeckx, P. Cotter, I. López-Expósito, C. Kleiveland, T. Lea, A. Mackie, T. Requena, D. Swiatecka, & H. Wichers (Eds.), The Impact of Food Bioactives on Health: In vitro and ex vivo models (pp. 113–124). Springer International Publishing. https://doi.org/10.1007/978-3-319-16104-4_11


Milne, S., Yang, C. X., Timens, W., Bossé, Y., & Sin, D. D. (2020). SARS-CoV-2 receptor ACE2 gene expression and RAAS inhibitors. The Lancet Respiratory Medicine, 8(6), e50–e51. https://doi.org/10.1016/S2213-2600(20)30224-1


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Senthil Kumar, K. J., Gokila Vani, M., Wang, C.-S., Chen, C.-C., Chen, Y.-C., Lu, L.-P., Huang, C.-H., Lai, C.-S., & Wang, S.-Y. (2020). Geranium and lemon essential oils and their active compounds downregulate angiotensin-converting enzyme 2 (Ace2), a sars-cov-2 spike receptor-binding domain, in epithelial cells. Plants, 9(6). https://doi.org/10.3390/plants9060770


Silhol, F., Sarlon, G., Deharo, J.-C., & Vaïsse, B. (2020). Downregulation of ACE2 induces overstimulation of the renin–angiotensin system in COVID-19: Should we block the renin–angiotensin system? Hypertension Research, 43(8), 854–856. https://doi.org/10.1038/s41440-020-0476-3


Sungnak, W., Huang, N., Bécavin, C., Berg, M., Queen, R., Litvinukova, M., Talavera-López, C., Maatz, H., Reichart, D., Sampaziotis, F., Worlock, K. B., Yoshida, M., & Barnes, J. L. (2020). SARS-CoV-2 entry factors are highly expressed in nasal epithelial cells together with innate immune genes. Nature Medicine, 26(5), 681–687. https://doi.org/10.1038/s41591-020-0868-6


Verdecchia, P., Cavallini, C., Spanevello, A., & Angeli, F. (2020). The pivotal link between ACE2 deficiency and SARS-CoV-2 infection. European Journal of Internal Medicine, 76, 14–20. https://doi.org/10.1016/j.ejim.2020.04.037

 

 

Image par Steve Buissinne de Pixabay

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