Activité antioxydante des huiles essentielles

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Dans cet article, nous explorons les données scientifiques (in vitro) sur l’activité antioxydante des huiles essentielles. Vous verrez que les études mettent en œuvre des méthodes différentes d’évaluation de cette activité, pas toujours homogènes. Cependant quelques huiles essentielles et/ou leurs composants majeurs se détachent et présentent un potentiel intéressant sur le plan thérapeutique et alimentaire.

Stress oxydatif et activité antioxydante

Comme je le rappelle brièvement dans cet article sur les définitions des propriétés des huiles essentielles, un anti oxydant empêche ou ralentit l’oxydation en capturant les radicaux libres.

Les radicaux libres sont issus de la consommation d’oxygène par les cellules (animales ou végétales) lors du métabolisme. Ils sont à l’origine de réactions en chaîne qui peuvent être nocives pour les cellules car ils attaquent les lipides, les protéines mais aussi l’ADN de celles-ci.

En temps normal, l’organisme est capable de lutter contre l’oxydation et de neutraliser les radicaux libres par la production d’enzymes telles que la glutathion peroxydase ou la superoxyde dismutase. De plus, la vitamine A ou E, des minéraux comme le sélénium sont des antioxydants que l’on peut trouver dans notre alimentation.

Pourtant, lorsque la production de radicaux libres dépasse la capacité de l’organisme à les neutraliser, on parle de stress oxydatif. L’action oxydante des radicaux libres et d’autres espèces réactives de l’oxygène est ainsi à l’origine de maladies telles que l’artériosclérose, le cancer, la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, le diabète et l’asthme (1).

Dans ce contexte l’activité antioxydante des huiles essentielles intéresse autant le secteur de la santé que ceux de l’alimentation et de la cosmétique.

Activité antioxydante des huiles essentielles

L’activité antioxydante apparaît à la base de nombreuses propriétés thérapeutiques attribuées aux huiles essentielles et à leurs composants. De ce point de vue, elle est peut-être une des plus importantes (1 ; 3) puisque le stress oxydatif est à l’origine de nombreuses pathologies. De plus, des auteurs (4) soulignent l’activité anti-inflammatoire, associée à l’activité antioxydante des huiles essentielles :  « Si les huiles essentielles sont des piégeurs de radicaux libres, ce sont aussi des agents anti-inflammatoires, car une des réponses inflammatoires est une « explosion oxydative » qui se produit dans les cellules du système immunitaire, y compris les monocytes, les neutrophiles, les éosinophiles et les macrophages.(…) Les espèces réactives de l’oxygène sont considérées comme l’un des plus puissants stimulants de la réaction inflammatoire. »

Elle s’exerce soit par capture directe des radicaux libres, soit par activation des mécanismes antioxydant des cellules.

Cette activité biologique antioxydante est due à la présence de composés comme les phénols qui peuvent ralentir ou arrêter l’oxydation de la matière organique. Même si des huiles essentielles exemptes de composés phénoliques exercent aussi cette activité antioxydante (3).

l'huile essentielle de feuilles de giroflier est antioxydante

Évaluation de l’activité antioxydante des huiles essentielles

Différentes techniques permettent d’évaluer l’activité antioxydante des huiles essentielles. Une étude a examiné 25 huiles essentielles en utilisant cinq tests différents (5).

Dans cette étude, l’huile essentielle de thym (Thymus vulgaris*) présente la plus forte activité antioxydante (80-100 %) à tous les tests sauf un. L’huile essentielle de feuilles de giroflier (Eugenia caryophyllata*) montre des résultats proches (53-100%).  Les autres huiles essentielles ont une activité antioxydante plus ou moins puissante selon les tests. Les auteurs concluent que « (…) certaines huiles essentielles possèdent une forte activité médicinale, qui peut être utilisée pour le traitement de certaines maladies« .

Ces différences dans les résultats sont largement discutées par les auteurs. Un des tests, le DPPH étant présenté comme le plus utilisé car le plus simple. Toutefois, une étude ultérieure (3) a relevé le manque de pertinence de certains tests d’évaluation de l’effet antioxydant des huiles essentielles. Mais dans cette revue d’études à part le DPPH, considéré comme limité, aucun des tests mis en oeuvre par Wei et Shibamoto n’a été évalué.

Les huiles essentielles à l’activité antioxydante la plus forte

Néanmoins, leurs auteurs concluent eux aussi que l’activité antioxydante puissante des huiles essentielles, en particulier d’origan et de thym, et des composants carvacrol, thymol et eugénol représentent une application potentielle dans le domaine agroalimentaire cette fois. Ce que confirme une étude récente qui analyse l’action du thymol, du carvacrol et des deux composés mélangés sur des cellules cancéreuses humaines du colon, également dans une visée alimentaire (6).

Surtout, cette dernière étude met en avant une activité oxydante/antioxydante dépendant de la dose pour le carvacrol, thymol et leur mélange. De plus, elle souligne leur capacité de réversion de l’effet oxydant. Tisserand et al (2019) relèvent également cet effet pro/antioxydant des phénols, dépendant de la dose.

Bien que le degré d’efficacité varie dans leurs résultats, d’autres études montrent que les huiles essentielles de thym et de giroflier sont des antioxydants efficaces (7). De même que le thymol, le carvacrol et l’eugénol, composants majeurs de ces extraits.

D’autres huiles essentielles antioxydantes

Dans ces études, d’autres huiles essentielles sont présentées comme étant des piégeurs de radicaux libres efficaces :  gingembre (Zingiber officinale), coriandre (Coriandum sativum), ail (Allium sativum), cumin (Cumimum cymimum) et persil (Petroselinum sativum). De même que marjolaine des jardins (Origanum majorana), curcuma (Curcuma longa) ou zédoaire (Curcuma zedoaria) (7 ; 8).

 

*Le chémotype du thym n’était pas précisé. Nom de genre du giroflier indiqué par les auteurs. On utilise plutôt Syzygium aromaticum.

Sources et références :

1-Edris, A.E.,2007.Pharmaceutical and therapeutic potentials of essential oils and their individual volatile constituents : a review. Phytother. Res.21, 308–323. Cité par Peace Rhind et Raut et al. (2014)

2-Peace Rhind J., Aromatherapeutic blending. Essential oils in synergy, Singing Dragon, Jessica Kingsley Publishers, 2016

3-Amorati, R., Foti, M. C., & Valgimigli, L. (2013). Antioxidant activity of essential oils. Journal of Agricultural and Food Chemistry, 61(46), 10835-10847.

4-Miguel, M.G. (2010) Anti-oxidant and anti-inflammatory activities of essential oils : a short review,
Molecules 15, 9252–9287. (Cité par Peace Rhind J.)

5-Wei, A. and Shibamoto, T. (2010) Anti-oxidant/lipoxygenase inhibitory activities and chemical
compositions of selected essential oils. Journal of Agricultural and Food Chemistry 57, 1655–7225.

6-Llana-Ruiz-Cabello M., Gutiérrez-Praena D., Puerto M., Pichardo S., Jos A., Cameán A. M., (2015) In vitro pro-oxidant/antioxidant role of carvacrol, thymol and their mixture in the intestinal Caco-2 cell line, Toxicology in Vitro 29 (2015) 647–656.

7-Raut, J. S., Karuppayil, S. M. (2014). A status review on the medicinal properties of essential oils. Industrial Crops and Products, 62, 250-264.

8-Hamdy A.E. Shaaban, Ahmed H. El-Ghorab & Takayuki Shibamoto (2012): Bioactivity of essential oils and their volatile aroma components : Review, Journal of Essential Oil Research, 24:2, 203-212.

 

Photo de Alejandro Piñero Amerio sur Unsplash

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