Anosmie, huiles essentielles et entraînement olfactif

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Comme moi, peut-être ne connaissiez-vous pas l’anosmie avant la pandémie de Covid-19. On en parle de plus en plus et c’est une bonne chose. L’anosmie est la perte de l’odorat, qui s’accompagne souvent de la perte du goût (agueusie). Elle est décrite comme un symptôme transitoire de la Covid-19 (même si elle peut demander jusqu’à 12 mois de récupération). S’il est présent dans l’actualité aujourd’hui, ce trouble fait cependant l’objet de recherches depuis plusieurs années. Dans cet article, vous aurez un aperçu de causes de l’anosmie. Vous saurez en quoi consiste le protocole d’entraînement olfactif élaboré grâce à la recherche scientifique. Il met en oeuvre des huiles essentielles et donne des résultats positifs. Vous saurez enfin où et comment vous procurez le guide de ce protocole pour l’appliquer de façon autonome.

Anosmie : un aperçu des causes et des conséquences

Si on associe aujourd’hui anosmie et Covid-19, ce symptôme est en réalité présent dans d’autres affections.
L’anosmie peut être permanente et ses causes sont variées. C’est un trouble qui peut être dû à une infection virale, un traumatisme crânien, une maladie neurodégénérative ou à l’exposition à un produit chimique.

L’anosmie se caractérise par l’interruption de la circulation des informations olfactives vers le cerveau via le nerf et le bulbe olfactif. L’absence de récepteurs olfactifs à la naissance est rare et constitue une anosmie congénitale.

On imagine peut-être difficilement les conséquences de la perte de l’odorat quand on n’en est pas atteint. Ne plus rien sentir, c’est être privé du parfum des fleurs comme du goût des aliments. Mais c’est aussi ne pas savoir quand un produit est avarié ou ne plus pouvoir identifier une odeur nocive. Entre autres désagréments.

Représentation du bulbe olfactif et du nerf olfactif, en jaune.

Anosmie, huiles essentielles et entraînement olfactif

Pourtant, quelque soit le degré de perte, totale ou partielle (quand le sens de l’odorat est réduit on est dit hyposmique), l’odorat est un sens qui s’exerce. Il est possible alors de le stimuler et de retrouver une relative sensibilité olfactive. Même quand nerf et bulbe olfactifs sont atteints ou absents, certaines odeurs stimulent le nerf trijumeau. Quant aux normosmiques (dont le sens de l’odorat fonctionne), ils peuvent également le développer, l’affiner. Cela est d’ailleurs recommandé. La bonne nouvelle, c’est que dans tous ces cas de figure, les huiles essentielles sont un recours possible.

L’entraînement olfactif dans la recherche scientifique

La plupart des études qui examinent actuellement l’effet de l’entraînement olfactif sur la perte de l’odorat dans le contexte de la Covid-19 (mais pas uniquement) s’appuient sur les travaux de Thomas Hummel et son équipe de la Faculté de Médecine Carl Gustav Carus de l’Université Technique de Dresde. Dans leur étude de 2009 Effects of olfactory training in patients with olfactory loss, les chercheurs ont mis en évidence que l’exposition « à des odeurs intenses » deux fois par jours pendant 12 semaines améliore la sensibilité olfactive de patients atteint de trouble olfactif dû à une maladie des sinus. Amélioration qui n’avait pas été constatée sur le groupe sans entraînement.

Thomas Hummel et son équipe ont employé les molécules aromatiques suivantes :

  • alcool phényléthylique (PEA)
  • eucalyptol
  • citronellal
  • eugénol

Ces odeurs ont été sélectionnées parce qu’elles sont représentatives de quatre des six catégories d’odeurs primaires que définit Hans Henning dans son travail de 1915 sur le prisme des odeurs  (fruité, rance, fleuri, épicé, brûlé, résineux).

Un protocole d’entraînement olfactif avec les huiles essentielles

Dès lors, des chercheurs ont élaboré des protocoles d’entraînement olfactif (smell training). Des personnes anosmiques elles-mêmes ont participé à la conception de ces protocoles et sont à l’origine d’initiatives qui contribuent à leur large diffusion et à une meilleure connaissance de l’anosmie. C’est le cas de Chrissi Kelly (Abscent) qui a travaillé avec Thomas Hummel et de Jean-Michel Maillard (anosmie.org), qui a contribué à l’adaptation de ce protocole par Hirac Gurden, chercheur en neurosciences aux CNRS.

Tous deux mettent à disposition, sur le site internet de leurs organisations respectives, la description claire et détaillée de la marche à suivre, afin que chacun puisse s’entraîner de façon autonome.

Comme dans l’étude initiale, ce protocole s’étend sur 12 semaines, à raison de 2 séances quotidiennes de stimulation olfactive, matin et soir.

Il met en oeuvre 4 huiles essentielles :

  • Le citron
  • Le clou de girofle
  • La rose ou le géranium rosat
  • L’eucalyptus

Mais il est possible d’en ajouter. Au préalable, passer un test de sensibilité olfactive dans un service ORL est utile, car cela vous permettra de faire des comparaisons avant/après. Sur anosmie.org vous pouvez communiquer vos résultats car le protocole en est à sa première version et est susceptible d’évoluer grâce aux retours qui seront faits aux chercheurs.

Des résultats positifs sur la sensibilité olfactive

Jean-Michel Maillard témoigne de résultats positifs qui vont dans le sens de l’étude de Thomas Hummel,  avec une amélioration de la sensibilité olfactive.  Face à aux résultats positifs de ce protocole, I. Konstandinitis et ses collaborateurs de la clinique Odeur et Goût (Smell & Taste  clinic) du département ORL de l’Université de Théssalonique en Grèce, ont voulu étudié l’effet à long terme de cet entraînement olfactif sur des patients atteints d’anosmie post infectieuse.

Ils ont comparé un groupe entraîné pendant 16 semaines et un autre pendant 56 semaines à un groupe contrôle sans entraînement. Ils ont constaté que l’entraînement à court terme induit une amélioration durable (supérieure au groupe contrôle) de la fonction olfactive qui s’étend pendant 56 semaines. Les chercheurs ajoutent : « l’entrainement à long terme apporte une amélioration supplémentaire de la fonction olfactive durant cette période, avec une première période de récupération rapide de 16 semaines et une seconde période plus lente de 40 semaines. »

Pour eux, ces résultats démontrent que l’amélioration n’est pas due à l’évolution naturelle de la maladie, mais à une modification permanente du système olfactif, probablement neuronale.

Le protocole est disponible en accès libre sur le site de l’association anosmie.org. Le site abscent est en anglais, mais fournit aussi un protocole en plusieurs langues, dont le français.

 

 

Références :

Hummel, T., Rissom, K., Reden, J., Hähner, A., Weidenbecher, M., & Hüttenbrink, K.-B. (2009). Effects of olfactory training in patients with olfactory loss. The Laryngoscope, 119(3), 496–499. doi:10.1002/lary.20101.

Konstandinitis I., Tsakiropoulos E., Constantinidis J. (2016,). Long term effects of olfactory training in patients with post-infectious olfactory loss. Rhinology. 54, 170-175. doi:10.4193/rhino15.264.

Sorokowska, Agnieszka & Drechsler, E. & Karwowski, Maciej & Hummel, Thomas. (2017). Effects of olfactory training: A meta-analysis. Rhinology. 55. 17-26. 10.4193/Rhino16.195.  doi:10.4193/rhino16.195.

Image par MarionF de Pixabay

Schéma par Patrick J. Lynch, image sous licence creative commons CC BY 2.5

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