Huiles essentielles, nausées et vomissements chimio-induits : une étude clinique

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En juin 2020, le Centre de lutte contre le cancer François Baclesse de Caen, en Normandie, s’est vu décerné une bourse d’encouragement de 5000 euros par la Fondation Gattefossé, pour évaluer l’effet des huiles essentielles sur les nausées et vomissements chimio-induits dans le cadre d’une étude clinique.

La fondation Gattefossé

La Fondation Gattefossé promeut « l’utilisation scientifique et clinique des huiles essentielles comme approche thérapeutique complémentaire pour la santé (…) », dans les hôpitaux et institutions, mais aussi auprès des professionnels de santé.
Sophie Gattefossé-Moyrand est la petite-fille de René-Maurice Gattefossé, initiateur de l’aromathérapie en France au début du 20ème siècle. En juillet dernier, elle a rendu visite – comme elle le fait auprès de tous les établissements primés – à l’équipe de l’hôpital de jour du Centre François Baclesse, coordonnée par Emmanuelle Batalla, cadre de santé et François Gernier, responsable administratif.
Cette dotation soutient la mise en œuvre d’une étude clinique nommée CINVAROM (Chemotherapy Induced Nausea Vomiting and AROMatherapy), dont l’objectif est d’évaluer l’effet de l’inhalation d’huiles essentielles sur les nausées et vomissements induits par la chimiothérapie.

L’aromathérapie au Centre de lutte contre le cancer François Baclesse

La mission du Centre de lutte contre le cancer François Baclesse s’articule autour de trois axes : soins, recherche, formation. Établissement privé à but non lucratif, le centre François Baclesse fait partie des 18 centres français de lutte contre le cancer (CLCC) réunis au sein du groupe Unicancer. Les huiles essentielles sont utilisées au sein du centre depuis 2013, pour le massage des patients en fin de vie, réduire les angoisses, effectuer des bains de bouche ou limiter les odeurs nauséabondes.

A l’hôpital de jour, elles sont employées depuis presque deux ans sur l’initiative de Marine Savoye, Mélanie Auriac, Camille Roger infirmières diplômées d’état, référentes aromathérapie et d’Emmanuelle Batalla. Elles ont souhaité proposer des huiles essentielles aux patients qui souffrent de nausées et de vomissements causés par les traitements de chimiothérapie. Effets secondaires contre lesquels les produits efficaces sont peu nombreux, couteux et non dénués eux-mêmes d’effets indésirables.

Des retours positifs des patients après les premiers essais…

Tout le personnel de l’hôpital de jour, qui compte une trentaine de membres, a suivi une formation d’initiation à l’aromathérapie assurée par Laurence Legigan, aide-soignante formée en aromathérapie depuis une dizaine d’années. Elle fait partie de l’équipe impliquée dans la mise en œuvre de l’étude, où chacun.e s’est vu attribuer une mission particulière. Elle forme également des personnes extérieures à l’hôpital.

Les premiers essais d’inhalation d’huiles essentielles ont recueilli des retours positifs de la part des patients, avec un effet favorable également sur les cures, comme le souligne Marine Savoye.
Mais si les approches complémentaires et alternatives ont leur place au Centre François Baclesse, qui propose également de la sophrologie ou de la réflexologie, entre autres, leur introduction en tant que soins de support ne se fait pas à la légère, comme le précise François Gernier :

« En institution les soins sont basés sur la preuve. On n’utilise pas un produit ou une approche sans preuve d’efficacité. »

… à la mise en place du projet de recherche clinique

L’intérêt de l’inhalation sèche est qu’elle limite l’interaction avec les traitements de chimiothérapie et les médicaments. Interactions qui peuvent rendre ces traitements inefficaces. Raison pour laquelle les huiles essentielles ne sont jamais utilisées par voie orale. Ainsi, soutenue par la direction de l’établissement, l’équipe a mis en place un projet de recherche clinique pour vérifier l’efficacité de cette approche.


Dès lors, tout un dispositif institutionnel d’accompagnement à la recherche a été engagé afin que les conditions d’une étude de qualité soient réunies. François Gernier remarque que « les médecines alternatives et complémentaires supposent une méthodologie particulière et les études cliniques robustes sur le plan méthodologique sont très rares ».
Ainsi un membre de la Direction de la Recherche Clinique et de l’Innovation fait-il partie de l’équipe de recherche. Les membres de l’équipe suivront une formation à la recherche.
De plus, le Groupement Interrégional pour la Recherche clinique et l’Innovation (GIRCI Nord Ouest) a contribué au financement de l’étude CINVAROM à hauteur de 25 000 €.

L’étude CINVAROM

L’étude CINVAROM est menée à l’hôpital de jour qui voit passer quotidiennement 90 à 95 patients pour les traitements de chimiothérapie en ambulatoire.
Les restrictions sanitaires liées à la crise de la Covid-19 ont retardé le démarrage qui devait avoir lieu en octobre. Le recrutement des premiers patients devrait commencer prochainement.

Objectif

Il s’agit d’évaluer un mélange composé à part égale de trois huiles essentielles réputées antiémétiques : menthe poivrée, citron et gingembre. L’étude comptera au total 96 patients volontaires.
Après avoir obtenu l’accord du Comité pour la protection des personnes, qui s’assure du respect des règles éthiques, l’étude CINVAROM en est à sa première phase. Celle-ci va durer environ trois mois. Quatre patients intègreront l’étude chaque semaine. Cette étape de recrutement se prolongera six mois. Puis les trois mois suivants seront dévolus à l’observation.

Déroulement et méthodes d’évaluation

Tous les volontaires recevront des huiles essentielles proposées sur des sticks inhalateurs individuels, en plus des traitements habituels. Les patients seront invités à respirer trois fois consécutives puis à volonté. Il s’agit de patients qui n’ont jamais eu de traitement de chimiothérapie auparavant. L’évaluation portera sur trois cures.
Le nombre d’épisodes de nausées et vomissements sera mesuré quatre jours après le premier cycle de chimiothérapie. Puis quatre jours après le troisième cycle. Les patients volontaires rempliront également un questionnaire d’autoévaluation : l’échelle d’anxiété et de dépression en milieux hospitalier (HADS: Hospital Anxiety and Dépression Scale) 21 jours après la première cure.

Une telle étude demande du temps. Elle devrait se terminer en mai 2022. Elle représente une première étape avant une éventuelle étude visant à comparer les effets des huiles essentielles avec ceux d’un placebo. J’aurais l’occasion de vous en reparler.

Je remercie Emmanuelle Batalla, François Gernier, Marine Savoye pour leur disponibilité.

Photo : baclesse-news.fr

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