Comment démontrer l’efficacité de l’aromathérapie ?

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Quand il s’agit d’apporter la preuve de l’efficacité d’un traitement ou d’une substance, l’essai contrôlé randomisé (ECR) est considéré comme le niveau de preuve scientifique le plus élevé. Pourtant, je me demande si c’est vraiment la seule méthode fiable pour évaluer l’efficacité de l’aromathérapie (et pas uniquement des huiles essentielles). Comment démontrer l’efficacité de l’aromathérapie de façon rigoureuse en tenant compte de ses spécificités ?

Essai contrôlé randomisé vs aromathérapie

L’essai contrôlé randomisé consiste à appliquer la substance étudiée à un groupe de personnes sélectionnées et à comparer les résultats à ceux d’un autre groupe qui reçoit un produit neutre (placebo). En situation de « double aveugle », volontaires et chercheurs ignorent si c’est le médicament ou le placebo qui est administré. Les critères d’inclusion et d’exclusion sont très stricts et les protocoles standardisés.

Or, l’aromathérapie n’est pas une méthode standardisée dans laquelle le même traitement est appliqué à tout le monde de la même façon. Elle implique une approche globale du client et un traitement personnalisé. En effet, si vous et moi consultons le même aromathérapeute en nous plaignant d’une migraine, il y a peu de chance que nous ressortions avec le même mélange d’huiles essentielles ou les mêmes conseils complémentaires. De plus, le praticien va vous dire ce que contient le mélange et les raisons pour lesquels il vous le propose. Vous choisirez aussi parmi plusieurs huiles celle(s) que vous préférez. Parce que vous aurez plus de chances de suivre le traitement, qui sera d’autant plus efficace. Alors, si l’ECR n’est pas totalement approprié dans ce contexte, quelles méthodes permettent de démontrer de façon fiable l’efficacité d’un traitement d’aromathérapie ?

D’autres méthodes pour évaluer l’efficacité de l’aromathérapie

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé d’une part, et la directive européenne 2004/24/CE du 31 mars 2004* d’autre part, la phyto-aromathérapie est une médecine traditionnelle puisqu’elle est pratiquée depuis (bien) plus de trente ans. A ce titre, toujours selon l’OMS, des méthodes d’évaluation des résultats autres que celles qu’on utilisent couramment doivent être mises en œuvre. Quelles sont ces autres méthodes susceptibles de s’appliquer à l’évaluation de l’aromathérapie ?

Les études d’observation

Les études d’observation ne se font pas en laboratoire. Elles sont menées en situation naturelle, c’est-à-dire lors des consultations par exemple. De plus, contrairement à un expérimentateur, le praticien reste libre de décider du traitement et des modes d’application, de même que des indications thérapeutiques.

« La caractéristique de ces études est qu’elles cherchent dans la mesure du possible à ne pas influencer la relation médecin-patient. »

Michel Pidoux, Huiles essentielles de Madagascar, usages et résultats cliniques

Les études d’observation de cas

Il existe différentes modalités pour mettre en œuvre une étude observationnelle. On parle d’études transversales, d’études de cohortes et d’études de cas témoins. Je ne vais pas détailler ici chacune d’elles. Cependant, un exemple de ce type d’études d’observation de cas est le travail mené par Michel Pidoux et ses collègues médecins, à Madagascar.

Fort des recommandations de l’OMS concernant la médecine intégrative et la médecine traditionnelle, il a coordonné une étude d’observation des résultats d’un mélange d’huiles essentielles locales sur les affections topiques dermatologiques sur 104 patients. Ce mélange se compose de Niaouli (Melaleuca quiquinervia ct cinéole, de Saro (Cinnamosma fragrans) et de Géranium Bourbon (Pelargonium x asperum cv Bourbon). Il y avait une dizaine de maladies traitées, ce qui ne permet pas un traitement statistique significatif.. Cependant, les résultats sont proches de ce qu’on obtient avec des médicaments classiques. De plus, ils montrent que ce mélange a bien les propriétés attendues, c’est-à-dire : anti-prurigineux, anti-inflammatoire, antalgique, cicatrisant, anti-infectieux, immunomodulant.

Une autre étude, menée pendant 3 ans sur 503 cas, a examiné l’effet d’un mélange de Saro (10 %) et d’huile végétale de Calophyllum inophyllum dans la prévention des infections post-opératoires et la cicatrisation suite à la circoncision, une pratique traditionnelle sur la Grande Ile. Comparés aux trois années précédentes sans utilisation des huiles essentielles, les résultats montrent une cicatrisation plus rapide et moins de retours vers le médecin suite à une infection post opératoire (0,4% contre 4 à 10% les 3 années antérieures).

Un recueil de données détaillées

Comme l’exige ce type d’études, les médecins ont pris des notes détaillées de toutes les données pertinentes sur une une feuille de soin. Ils mesuraient les résultats en termes de moyenne des scores attribués à chaque malade sur une pathologie donnée et selon le temps :

A 24h, 48h, 3j, 5j, 10j, etc. Le médecin a estimé le taux de guérison par une note (score) de 0 (pas d’amélioration) à 10 (guérison totale)…

Lors des visites de contrôle, les médecins relèvent également les ressentis de leurs patients.

Ces études ont fait l’objet de publications dans des revues spécialisées (Phytothérapie et International Journal of Clinical Aromatherapy) que l’auteur a pu reproduire dans son livre. De plus, vous pourrez prochainement l’entendre présenter ses travaux sur aroma-expériences.

Les études de registre

Les informations que j’ai recueillies sur ces études de registre viennent de sites internet anglophones. A ce que j’ai compris, elles sont une autre modalité des études observationnelles. Cependant, je n’ai pas de source en français, à moins qu’elles portent un autre nom et que je ne les ai pas identifiées.

Les études de registre ou basées sur un registre (en anglais, registry studies ou registry-based studies) s’appuient sur les données recueillies à partir d’un registre de patients existant ou conçu en vue de l’étude. Par exemple il pourrait s’agir d’étudier les résultats d’un mélange pour soulager la rhinite allergique. Le praticien devra mettre en place le recueil rigoureux et précis de toutes les informations concernant les patients qui le consultent pour cette pathologie et auxquels il propose le mélange. Comme pour une étude expérimentale, la taille de l’échantillon doit être suffisante, les objectifs clairement définis et la mesure de résultats cohérente avec ces objectifs.

Atouts des études d’observation…

On voit que l’atout majeur de ces études d’observation est leur moindre coût et leur rapidité de mise en œuvre par rapport à un essai randomisé contrôlé qui nécessite de recruter des volontaires. Les résultats sont aussi plus facilement généralisables parce qu’ils sont recueillis dans des conditions ordinaires.

Un autre de leurs avantages est qu’elles s’intéressent à l’efficience d’un traitement et pas seulement à son efficacité. Autrement dit, quand un ECR vérifie que le traitement produit les résultats attendus, les études d’observation s’occupent aussi de savoir si ces résultats sont atteints en utilisant le moins de ressources possibles. Ainsi, les études coordonnées par Michel Pidoux à Madagascar montrent que l’aromathérapie est efficiente puisque les huiles essentielles sont produites localement, sont moins coûteuses que des médicaments conventionnels, polyvalentes et bien acceptées par les malades.

… et limites

Cependant ces études ont aussi leurs limites. Comme le biais de sélection qui peut survenir au moment de la constitution de l’échantillon, selon la façon dont les sujets ont été inclus dans l’étude et suivis. Le risque est que les résultats ne soient pas représentatifs de la population plus large ciblée. Cependant ce risque peut être réduit avec un échantillon assez grand (au minimum 100 personnes).

Un autre biais possible est celui des fausses corrélations. Ici le risque est d’établir une relation de cause à effet qui n’existe pas. Pour en savoir plus sur cette question, vous pouvez voir ici.

Et qu’en est-il du patient ou du client, comme on voudra le nommer ? N’est-il pas aussi bien placé que le soignant pour juger de l’efficacité de son traitement d’aromathérapie ou autre d’ailleurs ? Qu’en pensez-vous ? Dites-le dans les commentaires.

*cité par Michel Pidoux, Huiles essentielles de Madagascar, usages et résultats cliniques, 2ème édition, 2018.

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6 commentaires

  1. Coucou Géraldine, remettre le patient au coeur de sa propre guérison, et redonner toute leur place à ces formidables huiles essentielles. Je trouve cela génial que les questions se posent et que le débat s’ouvre. J’ai hâte aussi d’entendre l’interview de Michel Pidoux. Merci pour ces précisions en tous cas, il est vrai que ce sont des termes que l’on entend (trop)souvent sans savoir réellement de quoi il retourne dans la réalité. Mais je pense que rien de mieux que le TERRAIN et l’expérimentation sur de VRAIS cas.
    Et même si les HE ont une odeur, je pense qu’il faut se laisser porter par celle-ci 😉

    • Hello Johanne,
      j’ai tendance à penser que ces études d’observation de cas peuvent faire avancer les choses. Ce serait bien qu’elles puissent se développer.
      Pour ce qui est des odeurs, on peut bien sûr se laisser porter quand on est dans un contexte tout autre, où il n’y a pas d’évaluation des résultats. Et quels voyages elles nous offrent alors !

  2. Bonjour,
    Il existe une vaste quantité de problèmes de santé qui peuvent parfaitement être gérés en ayant recours à des compositions d’huiles essentielles parfaitement constantes, et qui font fi de la perception olfactive du patient pour savoir si le protocole fonctionne ou pas : un acné, une angine, une grippe, une arthrite, une mycose plantaire, … toutes ces pathologies pourraient en théorie être soignées par des recettes aroma qu’on pourrait valider en essais cliniques randomisés. Le problème principal, c’est que les huiles essentielles, cela … sent !!! Et donc, la grande question est : comment faire du ‘dubble blind’ avec un produit actif qui sent ? …. Certains ont trouvé une solution à ce problème (à défaut de trouver LA solution), avec ce qu’ils appellent la méthode de la ‘déception’ (ou ‘double déception). Cette méthode fut utilisée par la fameuse équipe du Dr Christine Carson en Australie, dans le but de valider l’action d’une pommade à base de tea tree dans le traitement de l’herpes labial. L’idée consiste à dire à tous les participants à l’étude qu’on a volontairement changé le parfum du produit pour éviter qu’on puisse faire une différence entre les lots tests et les lots contrôle .. En fait, rien n’a été fait, mais tout le mode ressort décu de l’explication car l’odeur initiale du produit leur faisait penser qu’ils disposaient du produit actif ..; D’ou le nom de la technique

    • Bonjour,
      Oui, c’est sûr les huiles essentielles posent un sacré « problème » lors des essais ! Comme le dit Michel Pidoux dans la vidéo : « on ne peut faire comme avec le sirop pour les gamins en ajoutant un arôme de fraise ou de framboise. »
      Merci pour cette référence au travail du Dr Christine Carson avec la méthode de la double déception : les chercheurs semblent avoir bonne une piste pour contourner cette difficulté.

  3. Bonjour Géraldine,
    Merci Géraldine pour ton travail, j’apprécie toujours la pertinence de tes articles
    Le retour client me parait indispensable pour évaluer l’efficacité de l’aromathérapie, la personne doit être un acteur de son traitement il serait temps de remettre la personne au centre de la thérapie et des études de cas.
    J’ai hâte d’écouter l’interview de M Pidoux.
    A bientôt
    Catherine

    • Bonjour Catherine,
      Merci pour ton retour.
      Je suis d’accord avec toi.
      Et pour illustrer ce que tu dis, je reprends ici, de mémoire, la citation que fait Michel Pidoux d’une déclaration de l’OMS qui va plus loin : « Tout être humain a le droit et le devoir de participer à la planification et à la mise en œuvre des soins de santé qui lui sont destinés. » Cela fait réfléchir.

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