Dangers potentiels des huiles essentielles : toxicité pour la peau #2

Temps de lecture : 5 minutes

Nous continuons notre série sur les dangers potentiels des huiles essentielles avec le second et dernier article sur la toxicité pour la peau. Où il est question de photosensibilisation, de phototoxicité et d’allergies aux huiles essentielles.

Photosensibilisation et phototoxicité  : définitions

Photosensibilisation

La photosensiblisation est une réaction de la peau suite à l’interaction des rayons ultraviolets avec une substance appliquée sur le derme ou ingérée ; cette substance absorbant les rayons lumineux.

Elle se décline en deux types de réactions :

  1. La photoallergie est considérée comme rare s’agissant des huiles essentielles. Elle consiste en une réaction immunologique immédiate ou une réaction retardée relayée par les cellules.
  2. La phototoxicité décrit une réaction inflammatoire qui se manifeste par une peau enflammée, des rougeurs, comme après un coup de soleil. On observe aussi des boursouflures et des brûlures dans les cas les plus sévères.

Phototoxicité

La phototoxicité intervient quand des molécules appelées furocoumarines interagissent avec les rayons ultraviolets.

Celles-ci sont très présentes dans les essences de Citrus (familles des Rutaceae) autrement dit les agrumes.  Et dans la famille des Apiaceae.

La plupart des essences de Citrus contiennent des furocoumarines, mais pas toutes. Bien qu’elles en contiennent  moins de 3 %, même diluées à 1%, le risque de phototoxicité est présent. Ce risque existe aussi en cas d’ingestion d’une essence suivie d’une exposition aux ultraviolets.

Liste non exhaustive d’huiles essentielles et essences phototoxiques (d’après Tisserand et Young). Il est recommandé d’éviter toute exposition aux UVA 12h à 18h après l’utilisation.

  • Angélique racine (Angelica archangelica)
  • Bergamote (Citrus bergamia )
  • Citron (Citrus limonum)
  • Citron vert (Citrus aurantifolia)
  • Cumin (Curcuma cymimum)
  • Mandarine feuilles (Citrus reticulata)
  • Orange amère (Citrus aurantium var. amara)
  • Pamplemousse (Citrus paradisi)

Certaines essences et huiles essentielles qui pourraient être phototoxiques

  • Clémentine (Citrus clementina)
  • Combava (Citrus hystrix)
  • Celeri feuille (Apium graveolens)
  • Cumin graines C02 (Cumimum cymimum)
  • Khella (Ammi visnaga)

Huiles essentielles non phototoxiques

On trouve des furocoumarines dans la plupart des essences de Citrus mais pas dans les essences distillées. C’est alors qu’on peut parler d’huiles essentielles pour les Citrus.

De plus, vous avez peut-être vu dans le commerce des essences de bergamote « sans bergapten » par exemple. Le bergapten est une de ces furocoumarines très phototoxiques.

Mais on peut en effet réduire (et non totalement supprimer) la proportion de furocoumarines dans une essence par un procédé de distillation fractionnée.  On obtient une huile essentielle non phototoxique.

Liste non exhaustive des huiles essentielles de Citrus non phototoxiques

  • Bergamote sans bergapten (Citrus bergamia)
  • Citron zeste (distillée) (Citrus limonum)
  • Citron feuille (Citrus limonum)
  • Citron vert (distillée) (Citrus aurantifolia)
  • Mandarine zeste (distillée) (Citrus aurantium)
  • Orange douce zeste (ditillée) (Citrus sinensis)
  • Orange feuille (Citrus sinensis)

Une autre toxicité pour la peau : les allergies aux huiles essentielles

Parmi les autres dangers potentiels des huiles essentielles concernant la toxicité pour la peau, il y a les constituants allergènes. Cela ne vous aura pas échappé : les huiles essentielles sont composées de molécules odorantes. Certaines sont présentes dans les parfums ou les cosmétiques et ces molécules peuvent provoquer des allergies chez les personnes qui y sont sensibles.

Elles ont été répertoriées et des organisations internationales telles que l’IFRA (International Fragrance Association) et ou européennes comme le Comité Scientifique Européen pour la Sécurité des Consommateurs ont émis des directives très précises en termes de dosage et d’étiquetage. Comme pour les allergènes alimentaires.  Non pas que ces constituants soient dangereux. Il s’agit d’informer les personnes sensibles afin de réduire les risques d’allergies chez les utilisateurs.

Sur les 82 substances de parfumerie listées par le comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs, la directive cosmétique européenne 2003/15/EC en retient 26 en tant qu’allergènes cutanés. Celles-ci doivent clairement figurer sur la liste des ingrédients si elles sont présentes à 0.01 % dans un produit à rincer ou 0.001 % dans un produit sans rinçage.

Parmi celles-ci 16 sont des molécules présentes dans les huiles essentielles.

ConstituantsNbre d'huiles essentielles contenant plus d'1%
Limonène211
Linalol180
Geraniol49
Eugenol27
Citral20
Benzyl benzoate 18
Citronellol15
Farnesol15
Coumarine10
Benzyl acohol 8
Benzyl salicylate 5
Cinnamaldéhyde5
Isoeugenol5
Cinnamyl alcohol 4
Benzyl cinnamate 2
Anisyl alcohol 1

Cette liste est-elle vraiment fiable ?

Et si jusque-là les choses étaient plutôt claires. Cela se gâte quand on consulte les données de R. Tisserand et R. Young qui remettent en cause ces directives.

A leurs yeux, les critères sur lesquels elles ont été prises sont flous ou peu pertinents. Des substances sont considérés comme de puissants allergènes alors que les études cliniques ne le démontrent pas. Ils présentent p. 91-92 des tableaux comparatifs pour étayer leurs critiques. Mais plus, ils estiment que la législation européenne manque de rigueur.

« Par exemple, elle ne tient pas compte du fait que l’allergénicité du limonène et du linalol est postulée après que l’oxydation s’est installée. (…) il en résulte une désinformation qui crée le chaos et la confusion dans les industries concernées. »

En effet, peut-être que cette confusion explique une observation que j’ai faite depuis que je m’intéresse de plus près aux huiles essentielles : une forme d’excès de précaution chez certaines sociétés qui commercialisent des/leurs huiles essentielles.

Elles  présentent de longues listes de substances allergènes et/ou potentiellement dangereuses. Excès de précaution bien compréhensible puisqu’elles encourent des sanctions en cas de non-respect de la directive en question.

Mais le revers de la médaille est que l’information en devient effectivement confuse et difficile à utiliser.

La directive européenne n’est pas seule mise en cause par les auteurs. Ils considèrent que le système établi par l’IFRA « Quantitative Risk Assessment » (ou Évaluation Quantitative des Risques) souffre aussi de nombreux défauts. Ils relèvent les lacunes dans les études menées, jusqu’au manque d’indépendance des acteurs impliqués, en passant par des directives trop complexes. Pour eux, plusieurs des évaluations de constituants et d’huiles essentielles menées par l’IFRA sont erronées.

Toutefois, pour des informations et des recommandations récentes, les normes de l’IFRA, dans la mesure où elles font autorité, restent des références dont on peut encore difficilement se passer, il me semble.

Huiles essentielles allergènes

En tous cas, cet état de fait rend le travail difficile quand on veut, comme j’ai tenté de le faire ici, présenter une liste fiable et utilisable (bien qu’incomplète) des huiles essentielles allergènes.

J’ai donc essayé de retenir celles qui étaient communes à la directive européenne et aux données recueillies par Tisserand et Young. Voilà ce que cela a donné :

Liste non exhaustive d’huiles essentielles et essences jugées fortement allergènes par la directive cosmétique européenne :

  • Ylang Ylang (Cananga odorata)
  • Santal (Santalum album)
  • Giroflier feuille ou fruit (Eugenia caryophyllus)
  • Térébenthine (Pinus pinaster)
  • Baume du perou (Myroxolon pereirae)

Sauf erreur de ma part, la liste est étrangement brève. Je vous l’accorde, c’est assez troublant.

Cependant, rappelons nous que les réactions allergiques sont difficiles à prévoir car elles varient en fonction de la sensibilité particulière des individus. Pour autant, il est possible de les prévenir.

Le test allergique

Une manière de prévenir les réactions allergiques est d’effectuer un test :

Appliquer deux gouttes d’huile essentielle dans le pli du coude. S’il n’y pas de réaction après 48h, c’est qu’a priori vous n’êtes pas allergique.

RAPPEL

  • Une irritation est une réaction immédiate, localisée à la zone de contact, qui peut se traduire par des picotements, des rougeurs, quelques démangeaisons faibles et qui cesse dès l’arrêt de l’utilisation.
  • Une allergie est une réaction souvent retardée (jusqu’à 48h après le contact), qui peut s’étendre au-delà de la zone de contact et peut se traduire par des démangeaisons, des œdèmes ou des brûlures. Les symptômes sont plus longs à disparaître.

Dans un prochain article sur les dangers  potentiels des huiles essentielles, nous aborderons la toxicité pour le système nerveux ou neurotoxicité.

Sources :

Tisserand, R. Young, Essential oil safety, 2nd ed. Chruchill Linvingstone-Elsevier 2014, pp 85-97

A consulter : tableau des 82 substances de parfumerie susceptibles de provoquer des allergies : https://ec.europa.eu/health/scientific_committees/opinions_layman/perfume-allergies/en/figtableboxes/table-13-1.htm

 

2 Comments

  1. […] de données s’adresse surtout aux professionnels du secteur de la parfumerie est par ailleurs critiquée. Mais il peut être utile. Les recommandations sont soit en termes d’interdiction, de restriction […]

  2. […] de citron présente un faible risque de phototoxicité (toxicité pour la peau liée à l’exposition à la lumière du soleil) à des doses […]

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