Former les aromathérapeutes à la recherche scientifique

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Une revue scientifique un peu particulière

Il y a un an, je me suis abonnée à une revue scientifique un peu particulière.
Dans cette revue, chaque mois, une lecture critique d’un article de recherche en aromathérapie est proposée. Le type d’articles (revue systématique, essai clinique, etc.) et les thèmes traités varient. Il y a aussi un topo sur le système physiologique, l’organe ou la pathologie dont il est question dans l’article examiné. Une fois par mois, les abonnés peuvent se retrouver en ligne pour discuter de l’article, poser des questions, partager leurs expériences. En fait, il s’agit d’une sorte club de lecteurs d’articles scientifiques.

J’étais enthousiaste de découvrir ce groupe car, depuis le début, je me forme sur le tas, en me documentant seule sur la recherche, la lecture critique d’articles et la méthodologie scientifique. Souvent à partir de sources anglophones, mais pas uniquement heureusement (voir l’onglet ressources du blog). Là j’avais l’opportunité de poursuivre avec d’autres, praticiens, chercheurs, fabricants de produits – partageant mes intérêts. Je ne suis d’ailleurs pas la seule francophone dans le groupe. Il compte des abonnés de tous les continents ou presque.

E. Joy Bowles est la créatrice de l’Aromatherapy Journal Club dont je vous parle. En septembre dernier, j’ai eu l’occasion de suivre sa conférence intitulée “L’aromathérapie à la croisée des chemins” durant le Botanica2020 en ligne. Les réflexions qu’elle y a développées m’ont donné envie de l’interviewer. Écoutez son interview pleine d’humour et de spontanéité.

Il nous faut des praticiens-chercheurs

Deux aspects de sa réflexion m’intéressent.

D’abord, comme je le disais plus haut, le fait qu’elle veuille sensibiliser les aromathérapeutes à la recherche scientifique. En réalité son idée va plus loin. Elle considère que les aromathérapeutes devraient devenir des praticiens-chercheurs. Pour cela il est nécessaire qu’ils acquièrent des compétences dans les méthodologies de recherche. Son idée étant qu’ils sont bien placés pour participer à l’évaluation des traitements d’aromathérapie qu’ils proposent. Or, après presque deux ans d’investigation, de réflexions sur le sujet, j’en suis arrivée à une conclusion similaire qui m’a menée au projet de la plateforme aroma-expériences.

Ensuite, je suis sensible à son rêve : créer un institut de recherche indépendant sur les huiles essentielles et l’aromathérapie. En effet, en Australie comme en France, les financements publics pour ce type de recherches sont presque inexistants. Des fonds d’entreprises pharmaceutiques porteraient ombrage à l’indépendance des chercheurs et des études menées. Aussi des initiatives privées apparaissent-elles comme une solution possible. À l’image de ce que fait l’Institut Franklin. C’est d’ailleurs sur leur site que j’ai lu un article sur les études de registre dont il est question dans l’interview avec Joy Bowles. Je ne sais pas si de telles institutions indépendantes axées sur la phyto-aromathérapie existent en France.

Pour Joy, l’aromathérapie ne consiste pas à voir l’effet d’une huile essentielle sur un symptôme. Ce traitement personnalisé, individualisé suppose de prendre un compte une multitude de critères. Et les méthodes pour en évaluer les effets doivent être adaptées. Je reviendrai sur ce sujet des méthodes d’évaluation de l’aromathérapie dans un prochain article.

L’aromathérapie à la croisée des chemins

En outre, à ses yeux nous sommes à un nouveau moment clé de l’essor de l’utilisation des huiles essentielles. La tendance lourde du DIY (Do It Yourself) pour les huiles essentielles et les allégations des sociétés de marketing à multi-niveaux posent des problèmes de sécurité auxquels il faut trouver des réponses. C’est pourquoi elle estime qu’il est nécessaire de restituer toute sa valeur et son intérêt à la consultation avec un aromathérapeute. Il ou elle connaît ses huiles, est capable d’en évaluer les effets et surtout prend en compte le patient dans sa globalité. Notamment la dimension psychologique. Laquelle, pour Joy Bowles, représente un axe de développement majeur de l’aromathérapie dans l’avenir.

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Image par Th G de Pixabay

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