Huile essentielle d’encens : quand label bio et chémotype ne suffisent pas.

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La certification biologique et le chémotype ne suffisent pas à garantir la pureté et la qualité de l’huile essentielle d’encens.

C’est le constat d’une équipe de chercheurs américains qui a découvert la présence d’une nouvelle molécule, le méthoxydécane (un éther) dans la composition d’huiles essentielles de résine de Boswellia carteri et Boswellia sacra du Somaliland.

Or, les huiles essentielles de ces espèces – qu’ils ont assimilées l’une à  l’autre sous le nom de Boswellia carteri syn. sacra se composent principalement de terpènes : alpha-pinène, alpha-thujene, limonène, myrcène, sabinène.

Hypothèses pour expliquer la présence du méthoxydécane

Pour expliquer la présence récente de cette nouvelle molécule, Stephen Johnson et son équipe ont émis plusieurs hypothèses. Le méthoxydécane pouvait provenir d’arbres surexploités ou subissant la sécheresse. Ils supposaient également que la pression de la demande et des prix locaux avaient conduit à faire des récoltes dans des zones qui n’avaient pas été perturbées jusque-là.

A leurs yeux, si ces hypothèses étaient vérifiées, la présence du méthoxydécane aurait alors un intérêt majeur. Celui de constituer un marqueur chimique utile pour la surveillance des arbres et l’incitation à la préservation des espèces exploitées grâce à une cueillette durable.

Prélèvements et analyses des échantillons

Pour vérifier ces hypothèses, les chercheurs ont procédé à des prélèvements de résine directement sur 12 arbres. Ceux-ci étaient exploités par des cueilleurs locaux qui les ont identifiés comme appartenant à l’espèce Boswellia carteri. Un grand exportateur de résine du Somaliland avait indiqué aux chercheurs la zone de présence du méthoxydécane.

De plus, ils ont acheté et contrôlé 13 échantillons d’huile provenant de 12 marques courantes d’huiles essentielles du commerce, affirmant toutes être pures. Leur objectif était de détecter la présence de méthoxydécane et de déterminer l’étendue de sa présence sur le marché. Sur ces 13 échantillons d’huiles, 5 affichaient une certification biologique.

LEs huiles essentielles d'encens, bio ou non contiennent du méthoxydécane
Certaines huiles essentielles d’encens du Somaliland, certifiées bio ou non contiennent du méthoxydécane

Les auteurs ont pris des  photos et prélevé un spécimen sur place. Et ils ont demandé à un taxonomiste botanique à l’Université d’Uppsala en Suède, le Dr Thulin, d’examiner et d’identifier ces éléments.

Ils ont également procédé à l’hydrodistillation des échantillons de résine qu’ils avaient prélevés sur place. Les huiles essentielles obtenues, ainsi que celles de Boswellia carteri issues du commerce ont été analysées par chromatographie en phase gazeuse et spectrométrie de masse.

La certification biologique est insuffisante

Le méthoxydécane provient en réalité d’une espèce nouvelle qu’ils ont nommé Boswellia occulta Thulin, DeCarlo & S.P Johnson. Elle n’est donc pas un chémotype de Boswellia carteri. Pour les auteurs :

« Cette nouvelle espèce est très distincte morphologiquement de Boswellia carteri et a probablement échappé à l’identification en raison d’un manque de traçabilité et de vérification à la source dans la plupart des chaînes d’approvisionnement en encens. »

Les auteurs précisent en outre que le méthoxydécane a été détecté dans de nombreuses huiles essentielles commerciales vendues sous l’appellation de Boswellia carteri pur y compris les huiles essentielles certifiées biologiques.

Ils ajoutent : « ce qui indique à la fois la nécessité d’améliorer la transparence de la chaîne d’approvisionnement et l’inefficacité de la certification biologique pour garantir la pureté et la récolte durable de ces espèces sauvages ».

Source : Johnson, S.; DeCarlo, A.; Satyal, P.; Dosoky, N.S.; Sorensen, A.; Setzer, W.N. Organic Certification is Not Enough: The Case of the Methoxydecane Frankincense. Plants 20198, 88.

 

Note : selon une étude de l’Union International pour la Conservation de la Nature et des Ressources Naturelles, l’espèce Boswellia sacra est sur la liste rouge des espèces « presque menacées ».

 

 

 

 

 

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