Huiles essentielles antivirales et SRAS-Cov-2

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Huiles essentielles antivirales et SRAS-Cov-2.

Actuellement, il n’y a ni traitement unanime, ni vaccin pour lutter contre la Covid-19. Un groupe de chercheurs brésiliens et nord-américains a évalué le potentiel des huiles essentielles antivirales sur le SRAS-Cov-2.

Activité antivirale des huiles essentielles

De nombreuses études ont déjà examiné l’activité antivirale des huiles essentielles contre plusieurs virus humains, dont la grippe et d’autres infections respiratoires.

Il y a trois types de virus responsables de la grippe, le type A, type B et type C. Le type A que l’on retrouve chez quelques oiseaux et chez les mammifères, a le taux de morbidité et de mortalité le plus important.  Plusieurs types d’influenza A sont à l’origine de pandémies mondiales : H1N1, H2N2, H3N2, H5N1.

Dans une étude de 2014 citée par les auteurs, les huiles essentielles de cannelle (Cinnamomum zeylanicum), bergamote (Citrus bergamia), thym (Thymus vulgaris), lemongrass (Cymbopogon flexuosus) ont inhibé 100% du virus H1N1 en phase liquide, à une concentration de 0,3%. La lavande vraie (Lavandula angustifolia) inhibe 85 %.

Toutefois, en phase vapeur,  il fallait 30 min d’exposition à l’huile essentielle de cannelle pour obtenir 100% d’inhibition du virus. Les huiles essentielles de bergamote, lemongrass, thym et lavande ont affiché des taux d’inhibition de 95%, 90%, 70% et 80%, respectivement.

L’huile essentielle de tea tree (Melaleuca alternifolia) inhibe également à 100% le virus H1N1 à 0,01 %. En outre, le thymol a été identifié comme agissant contre l’influenza de type A.

Le docking moléculaire

Sur la base de ces données qui montrent l’activité antivirale des huiles essentielles et de leurs composants, R. da Silva et ses collaborateurs ont émis l’hypothèse que celles-ci pouvaient être potentiellement utiles en tant qu’antiviraux contre le SRAS-Cov-2.

Ils ont mené une étude in silico, en utilisant la technique du docking moléculaire.

Cette méthode d’amarrage moléculaire permet de déterminer l’orientation d’une molécule vers une autre pour obtenir un complexe plus stable. Ainsi, avec cette méthode, il est possible de prévoir la solidité de la liaison entre la molécule et la protéine cible, leur activité, ainsi que la structure du complexe qu’elles forment.

Pour se le représenter on peut imaginer une main (la molécule ligand) et un gant (la protéine), qui s’ajustent l’un à l’autre.

Cette méthode est utilisée dans la recherche de nouveaux médicaments assistée par ordinateur. De plus, elle a l’intérêt de limiter les essais expérimentaux. Elle s’appuie soit sur la complémentarité des surfaces moléculaires, soit sur le calcul de l’énergie du complexe. Approche choisie par les chercheurs.

Huiles essentielles antivirales et SRAS-Cov-2

Plusieurs études d’amarrage moléculaire ont déjà été réalisées sur ces cibles macromoléculaires. Des équipes ont effectué des essais de fixation moléculaire de produits naturels avec SARS-CoV-2 Mpro. En outre, les médicaments disponibles dans le commerce ont également été étudiés selon des méthodes in silico.

Ainsi, les auteurs ont analysé l’amarrage moléculaire de 171  composants majeurs des huiles essentielles avec plusieurs protéines cibles de SRAS-Cov-2, dont la principale : SRAS-Cov-2 Mpro.

Résultats et conclusion

Les composants (E,E)-alpha-farnésène (présent dans l’huile essentielle d’ylang-ylang), (E)-β-farnésène (graines de carotte, camomille allemande) et le (E,E)-farnésol (néroli, rose de Damas) montraient les meilleurs résultats d’amarrage aux protéines cibles du SRAS-Cov-2.

Pourtant les auteurs concluent que « les énergies d’amarrage étaient cependant relativement faibles et [qu’]il est peu probable qu’elles interagissent avec les cibles du virus ». Au vu de ces résultats, ils considèrent donc que les composants des huiles essentielles ne peuvent pas être des agents thérapeutiques viables.

Joyce Kelly R. Da Silva et son équipe citent des études qui montrent que les huiles essentielles complètes (eucalyptus et tea tree) sont de plus puissants antiviraux que leurs composants majeurs isolés (1,8 cinéole et terpinéol-4, γ-terpinène et a-terpinène respectivement).  De même que l’on observe des effets de synergie entre des huiles essentielles et des agents antiviraux de synthèse. C’est pourquoi ils rappellent que les composés des huiles essentielles, agissant en synergie, peuvent inhiber le virus, potentialiser d’autres antiviraux ou apporter un certain soulagement des symptômes de la COVID-19.

Autre conclusion

En outre, on note que ces conclusions ne sont pas aussi optimistes que celles de A.D. Sharma et I. Kaur. Ces deux chercheurs utilisent également la technique d’amarrage moléculaire pour évaluer le « potentiel inhibiteur du 1,8 cinéole sur  Covid-19 Mpro ». (L’étude n’avait pas été revue par les pairs au moment de sa publication.)

Ils concluent que « l‘eucalyptol pourrait représenter un potentiel de traitement pour agir comme inhibiteur de COVID-19 Mpro » ; en soulignant toutefois que « des recherches supplémentaires sont nécessaires pour étudier leur utilisation médicinale potentielle. »

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Source :

da Silva, J.K.R.; Figueiredo, P.L.B.; Byler, K.G.; Setzer, W.N. Essential Oils as Antiviral Agents, Potential of Essential Oils to Treat SARS-CoV-2 Infection: An In-Silico Investigation. Int. J. Mol. Sci. 2020, 21, 3426. https://doi.org/10.3390/ijms21103426

 

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