L’approche sensorielle des huiles essentielles avec Michel Faucon

Temps de lecture : 4 minutes

Après Christian Escriva (l’article et les vidéos sont à voir ou revoir ICI), c’est à Michel Faucon que j’ai demandé de nous parler de sa conception de l’approche sensorielle des huiles essentielles. Une conception qui a beaucoup de points communs avec celle de Christian Escriva, mais qui s’en distingue légèrement aussi dans ses finalités, et qui la complète pourrait-on dire.

Michel Faucon est docteur en pharmacie. Il a d’abord été pharmacien hospitalier. Aujourd’hui il se consacre principalement à l’enseignement de l’aromathérapie scientifique. Il intervient auprès des professionnels de santé dans les établissements de soins et à l’université.

Dans cet entretien, Michel Faucon parle longuement et avec animation de l’approche sensorielle qui lui tient à cœur, mais il aborde aussi d’autres questions. En particulier les « Préconisations pour la pratique clinique, l’enseignement et la recherche en aromathérapie scientifique« . Elles ont été rédigées par un groupe d’experts auquel il a participé. Il explique quel est l’objectif de ce document de plus de 170 pages et présente quelques pistes de recherche qui lui paraissent importantes à mener. Et il ne cache pas les difficultés qui ont accompagné l’élaboration de ce document qui a nécessité quatre années.

L’approche sensorielle selon Christian Escriva et Michel Faucon : les points de rencontre

Les deux hommes semblent avoir travaillé chacun de son côté, sans se connaître. Tous deux disent comme leur rencontre a été un moment important et se reconnaissent une relation d’estime, voire d’amitié. Peut-être leurs pensées se sont-elles influencées mutuellement depuis.

Quand on les écoute, les points de rencontre sont évidents et nombreux. Le fondement théorique et philosophique est le même. Ils conçoivent tous les deux l’approche sensorielle comme un changement de paradigme par rapport à l’approche analytique.

Tous deux parlent de l’approche sensorielle comme d’un moyen de saisir pour l’un, le « génie de la plante », pour l’autre « l’être plante ». C’est-à-dire l’unité du vivant que l’approche analytique a perdu de vue en se focalisant sur les composants chimiques, nous conduisant dans une sorte d’impasse.

Toutefois, pas plus que Christian Escriva, Michel Faucon ne rejette en bloc l’approche analytique et moléculaire. Il admet aussi les limites de la relation structure/activité. Il cite, pour illustrer celles-ci, les propriétés différentes de certaines huiles essentielles dont la composition chimique est pourtant similaire, telles la gaulthérie couchée (Gaultheria procumbens) et le bouleau jaune (Betula lenta) anti-inflammatoires riches en salicylate de méthyl ou le basilic tropical (Ocimum basilicum) et l’estragon (Artemisia dranunculus) qui contiennent une forte proportion de méthylchavicol et dont l’action anti-spasmodique n’est pas la même.

Leur vision des perspectives et des finalités de l’approche sensorielle est peut-être un des aspects qui les distingue.

L’approche sensorielle des huiles essentielles selon Michel Faucon : une assise triple

En effet Michel Faucon veut donner à l’approche sensorielle une dimension « pratico-pratique », au service des soignants. Il appuie ainsi son approche sensorielle sur « trois assises ».

L’assise philosophique

C’est la première assise de l’approche sensorielle selon Michel Faucon.

On l’a vu, la méthode goethéenne et surtout la phénoménologie de Husserl constituent le fondement théorique et philosophique de l’approche sensorielle pour Michel Faucon comme pour Christian Escriva.

L’assise scientifique

A côté du « paradigme analytique » Michel Faucon défend l’idée d’un « paradigme sensoriel ».

Pour lui, une huile essentielle est faite de réalités multiples. L’approche sensorielle est un éclairage particulier qui permet d’accéder à un aspect de ces réalités. A l’appui de cette conception, il cite les travaux de Werner Heinsenberg, fondateur de la mécanique quantique, prix Nobel de Physique en 1932. Michel Faucon n’exclut d’ailleurs pas que, sous peu, d’autres éclairages nous permettent d’élargir notre vision et notre compréhension des réalités d’une huile essentielle.

Werner Einsenberg

Cette référence au Manuscrit de 1942 de Werner Heinsenberg constitue la deuxième assise de l’approche sensorielle. Scientifique, elle est en particulier mathématique et statistique. J’y reviendrai.

L’assise méthodologique

C’est la troisième pilier de l’approche sensorielle selon Michel Faucon.

Il considère que l’approche sensorielle doit permettre d’établir des protocoles au service des patients, mais aussi au service des professionnels. Par exemple les pharmaciens hospitaliers chargés des achats, qui doivent pouvoir identifier la qualité d’une huile essentielle grâce à l’approche sensorielle.

En outre, il observe que les parfumeurs ou les œnologues sont capables de définir, de décrire une odeur. Ce que les praticiens d’aromathérapie ne font peut-être pas aussi bien. Il souhaite que cette faculté soit plus développée et que le vocabulaire pour décrire une odeur s’étoffe.

Représentation triangulaire de Philippe Mailhebiau

Surtout, Michel Faucon veut pouvoir réaliser le « dessin d’une odeur ». Il travaille à construire un graphique pour représenter une odeur (il s’inspire pour cela de la représentation triangulaire de Philippe Mailhebiau).

L’approche sensorielle comme outil pratique pour les professionnels

Il s’agit pour lui d’avoir, en plus d’une image analytique avec la chromatographie, une image sensorielle à partir de données statistiques. De voir si la chromatographie est le reflet de l’odeur, ce qui n’est pas toujours le cas. Et de faire « s’emboîter les paradigmes analytique et sensoriel », même s’il précise qu’il ne cherche pas de superposition systématique. A ses yeux, c’est là l’apport des mathématiques, des statistiques et de la physique à la connaissance des huiles essentielles.

Et pour lui, cette représentation graphique d’une odeur doit pouvoir être un outil pratique, visuel, utile au clinicien. Sous cette forme, l’approche sensorielle peut être par exemple une aide au diagnostic (détection de la maladie d’Alzheimer), ou se décliner sous forme d’ateliers divers selon les besoins des patients (mémoire, reconnaissance, communication …)

Un champ de recherches passionnant

On le voit l’approche sensorielle (ou les approches sensorielles) des huiles essentielles est un de champ de recherches, moins académique peut-être mais tout aussi passionnant ; à même d’ouvrir des perspectives nouvelles à côté de l’approche analytique.

Avec les ouvrages de Christian Escriva et de Michel Faucon à venir, ce sont de passionnantes lectures qui nous attendent.

Photo by Richárd Ecsedi on Unsplash

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2 commentaires

  1. Chère Géraldine, merci pour cet échange très constructif. J’ai particulièrement découvert l’existence de ce document Préconisations pour le milieu hospitalier, dont je n’avais pas connaissance. Téléchargé et feuilleté à venir ! Pour le reste, j’aime bcp l’approche sensorielle que ce soit vue par Michel ou par Christian, qui en effet, se complètent. Deux grands hommes dont j’apprécie le travail pour mon plus grand bonheur. Il y a tant de choses à apprendre encore et de route à parcourir. Merci à très vite, Jo

    • Merci Johanne. Je suis contente que tu aies apprécié cette interview. Ces préconisations sont un point de départ important pour le développement de l’aromathérapie professionnelle. Et, oui l’approche sensorielle c’est tout un monde ! Je trouve formidable de se dire qu’il y a tant à découvrir et à apprendre. C’est le voyage qui compte. « La voie c’est le but ». A bientôt

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