Le commerce essentiel mais invisible : TRAFFIC alerte sur la conservation des plantes sauvages utilisées pour traiter la Covid-19

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Le commerce essentiel mais invisible : TRAFFIC alerte sur la conservation des plantes sauvages utilisées pour traiter la Covid-19

Cet article est une traduction que je publie avec l’autorisation de Richard Thomas, Responsable de la communication de l’organisation TRAFFIC qui l’a également mise en ligne sur le site de l’organisation (quelques heures avant qu’elle paraisse ici). L’article a été légèrement adapté. La liste des quelques unes des plantes dites « douze sauvages » ainsi que celle des plantes européennes à surveiller figurent dans le rapport, mais pas dans l’article original The essential but invisible trade : wild plant and you in the time of Covid-19.

 

Cambridge, Royaume-Uni, 18 juin 2020 – Les espèces de plantes sauvages utilisées dans les traitements à base de plantes de la COVID-19 vont subir une pression accrue en raison de l’augmentation de la demande et du fait que de plus en plus de personnes se tournent vers la récolte sauvage comme source alternative de revenus en période de chômage élevé et de crise économique. La disponibilité future des ingrédients végétaux pour soutenir la santé humaine – médicaments, aliments et produits de bien-être – dépend de la priorité accordée à la conservation et à l’utilisation durable de leurs espèces d’origine à long terme.

Principales conclusions

Dans le monde entier, des rapports font état de l’utilisation de produits à base de plantes pour prévenir et traiter la COVID-19 en Amérique du Sud, en Afrique, en Europe, aux États-Unis et en Asie.

En Chine, les formulations officielles de la médecine traditionnelle chinoise (MTC) utilisées dans la réponse à la COVID-19 utilisent plus de 125 espèces de plantes, dont une sélection est récoltée à l’état sauvage en Chine et ailleurs.

Elles comprennent la racine de réglisse (Glycyrrhiza spp), une espèce protégée dans certaines parties de son aire de répartition en Chine, et plusieurs espèces dont le commerce international est réglementé par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), telles que la racine de ginseng (Panax spp), le bois d’agar chinois (Aquilaria sinensis) et la fougère dorée (Cibotium barometz).

“La dépendance de l’humanité à l’égard des plantes sauvages pour les soins de santé essentiels et le bien-être n’a jamais été aussi évidente que pendant la pandémie actuelle de COVID-19. »

Anastasiya Timoshyna, Coordinatrice principale du programme TRAFFIC – Commerce durable, et Co-présidente du Groupe de spécialistes des plantes médicinales de l’UICN

« Cependant, les questions de durabilité de l’approvisionnement en plantes sauvages sont totalement négligées ».

Dans son nouveau rapport, TRAFFIC alerte sur la conservation des plantes utilisées pour traiter la Covid-19

Un nouveau rapport a été publié aujourd’hui : The Invisible Trade : Wild plants and you in the times of COVID-19 and the essential journey towards sustainability attire l’attention sur l’importance économique, les moyens de subsistance et la conservation du commerce des ressources de plantes sauvages ainsi que sur les questions de durabilité des approvisionnements.

Environ 26 000 espèces de plantes ont un usage médicinal bien documenté dans le monde. Environ 3 000 d’entre elles font l’objet d’un commerce international, dont la majorité (60 à 90 %) serait collectée à l’état sauvage, selon le rapport.

Mais plus d’une sur dix des 19 % d’espèces dont le statut de menace a été évalué est menacée d’extinction à l’état sauvage, selon l’UICN – Union internationale pour la conservation de la nature.

La douzaine sauvage : 12 plantes sauvages clés pour l’approvisionnement sauvage

La valeur du commerce mondial des espèces de plantes médicinales et aromatiques a presque triplé ces dernières années (de 1,3 milliard de dollars en 1998 à 3,3 milliards de dollars en 2018), selon les dernières données disponibles de Comtrade de l’ONU. Les principaux exportateurs mondiaux sont la Chine, l’Inde, l’Allemagne, les États-Unis et la RAS (Région Administrative Spéciale chinoise) de Hong Kong, tandis que les États-Unis, la RAS de Hong Kong, l’Allemagne et le Japon sont les principaux importateurs. Ces chiffres sont probablement une sous-estimation importante, car le code des douanes utilisé pour l’analyse n’inclut pas toutes les plantes concernées.

De nombreux produits de consommation courants – remèdes à base de plantes, aliments, boissons, cosmétiques, suppléments et même meubles – proviennent de plantes récoltées à l’état sauvage. Le rapport comprend une douzaine de plantes sauvages clés (“wild dozen ») faisant l’objet d’un commerce et qui sont les fleurons des opportunités et des défis de l’approvisionnement sauvage. Certaines font déjà l’objet d’une gestion minutieuse pour éviter la surexploitation et garantir un commerce équitable, d’autres nécessitent plus d’attention aujourd’hui et d’autres encore pourraient le devenir, à mesure que les marchés se développent.

Quelques unes des « douze sauvages »  :

  • Encens, résine et huile (Boswellia spp.)
  • Beurre de Karité (Vitellaria paradoxa)
  • Nard de l’Himalaya (Nardostachys jatamansi)
  • Gomme arabique (Acacia spp.)
  • Huile d’argan (Argania spinosa)
  • Griffe du diable (Harpagophytum procumbens)
  • Racine de réglisse (Glycyrizzha spp.)
  • Genévrier (Juniperus communis ssp communis)

Le genévrier, l’ail sauvage, le thym, la sauge et l’origan, ainsi que l’églantier, la doronic, le sureau, les myrtilles, les fleurs de tilleul, et même les pissenlits et les orties sont considérés comme des espèces à surveiller en Europe selon le rapport.

Les pistes de solutions avancées dans le rapport

S’ils sont bien gérés, la récolte sauvage durable et le commerce des ingrédients végétaux pourraient apporter de multiples avantages aux exploitants et aux chaînes d’approvisionnement, ainsi qu’à la gestion holistique d’autres espèces et écosystèmes. Ils pourraient contribuer aux objectifs de conservation de la biodiversité, tels que ceux qui ont été discutés lors de la préparation du cadre mondial pour la biodiversité de l’après-2020. La réponse à la COVID-19 souligne la nécessité d’une conservation à long terme et d’une utilisation durable des espèces végétales nécessaires aux soins de santé et au bien-être.

Une combinaison de traçabilité complète, de respect des réglementations existantes (par exemple pour les espèces inscrites aux annexes de la CITES), d’augmentation de la valeur pour les producteurs et de systèmes de certification crédibles sont des éléments importants pour créer les conditions d’une situation globale « gagnant-gagnant ».

Le rapport identifie des actions prioritaires et des recommandations aux consommateurs, aux entreprises, aux gouvernements, ainsi qu’aux acteurs de la conservation et du monde universitaire.

Depuis 2008, TRAFFIC s’est associé à la Fondation FairWild pour promouvoir l’utilisation durable des ingrédients sauvages en appliquant la norme FairWild à toute la chaîne d’approvisionnement des produits à base de plantes. La certification FairWild est une garantie de récolte sauvage durable, ainsi qu’un partage juste et équitable des ressources.

La semaine du 22 au 26 juin 2020 sera la semaine FairWild, un événement annuel en ligne visant à sensibiliser à l’importance du commerce durable et équitable des ingrédients végétaux sauvages. https://www.fairwild.org/fairwild-week

La Fondation FairWild et TRAFFIC y participeront aux côtés d’entreprises telles que Traditional Medicinals, Pukka Herbs et Neal’s Yard Remedies, dont plusieurs produits contiennent des ingrédients certifiés FairWild, ainsi que des organisations éducatives et de conservation, dont le Sustainable Herbs Program de l’American Botanical Council, Botanic Gardens Conservation International, le WWF, et d’autres encore.

« La semaine prochaine est une célébration des plantes sauvages, de l’approche FairWild et des avantages tangibles que l’utilisation durable apporte aux communautés de cueilleurs appauvries, aux entreprises qui répondent à la demande croissante des consommateurs pour des produits d’origine durable et pour la conservation des plantes sauvages elles-mêmes. Nous espérons que vous vous joindrez aux partenaires de la semaine FairWild sur les médias sociaux, en contribuant à faire la lumière sur ce commerce invisible mais essentiel, et en soutenant les appels à l’action lancés aux entreprises, aux gouvernements et aux consommateurs », a déclaré Anastasiya Timoshyna.

 

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Photo : Ed Shaw. Wikimédia

 

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