Les huiles essentielles pour les femmes

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Quand je parle d’huiles essentielles pour les femmes, je veux parler des huiles essentielles qui soulagent les situations et problèmes liés à la santé des femmes à différentes étapes de leur vie. Depuis les règles et le syndrome prémenstruel jusqu’aux troubles de la ménopause, en passant bien sûr par la grossesse, l’accouchement et le post-partum.

Les huiles essentielles pour la santé des femmes

Deux présentations d’une infirmière aromathérapeute nommée Pam Conrad m’ont donné l’impulsion pour écrire sur ce sujet. J’ai suivi, en septembre dernier, une conférence et une masterclass qu’elles a données au cours du colloque Botanica 2020. La première traitait des risques des huiles essentielles et plantes médicinales au regard de la pharmacologie pendant la grossesse. La seconde, des huiles essentielles et du post-partum. J’ai apprécié ces deux présentations qui m’ont parues à la fois rigoureuses et accessibles.
Mais c’est sur son livre, Women’s Health Aromatherapy, que je me suis appuyée pour cet article.
Ce guide s’adresse aux sages-femmes, infirmières, doulas et thérapeutes. Je vous propose un survol des huiles essentielles dont la sécurité et l’efficacité sont « clinically evidence-based » c’est à dire « fondées sur la preuve clinique » car c’est la particularité de ce petit manuel.

Qui est Pam Conrad ?

Pam Conrad est infirmière depuis trente ans. Elle pratique l’aromathérapie clinique depuis vingt ans. Elle vit aux Etats-unis et a eu l’occasion de vivre et de se former en France et en Grande-Bretagne.
Pam Conrad a élaboré le premier programme de formation d’aromathérapie pour la santé des femmes dans l’Indiana. Ce cursus a servi de base à de nombreux autres programmes pour la formation des infirmières et des sages-femmes aux États-Unis et au Chili.

Aromathérapie clinique

Faisons un petit détour par une définition :


« La différence entre l’aromathérapie personnelle courante (nous dirions aromathérapie familiale) et l’aromathérapie clinique, c’est la formation du clinicien et l’enseignement en aromathérapie basés sur des preuves cliniques spécifiques aux domaines cliniques. »

Pam Conrad

C’est assez proche de ce qu’entend le Consensus d’experts pour l’aromathérapie. On y fait référence à une « aromathérapie scientifique à visée clinique ». Et on considère que la formation des professionnels devrait être « adaptée aux spécificités cliniques des milieux de soins ».
En outre, Pam Conrad cite Jane Buckle (2001) pour qui « l’aromathérapie clinique est l’utilisation thérapeutique des huiles essentielles permettant d’obtenir un résultat mesurable« . Grâce à des inventaires et échelles d’évaluation.

Cette notion de résultat mesurable est importante. Elle permet de dire si une approche thérapeutique est efficace. Et c’est selon ce critère que l’aromathérapie, comme d’autres thérapies complémentaires, entre dans les établissements de soins. Comme le souligne François Gernier du centre François Baclesse de Caen, au sujet de l’étude CINVAROM.

Mais il n’y a pas que dans les institutions que ce critère est important. Il l’est tout autant pour les professionnels de santé et les praticiens des thérapies complémentaires qui intègrent l’aromathérapie auprès de leur patients/clients dans leur pratique privée. Si cela paraît une évidence, il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’eux aussi, rigoureux et bien formés, pratiquent l’aromathérapie clinique.

Les études sur les huiles essentielles pour les femmes

Différents types d’études

En effet, depuis une vingtaine d’années, des études cliniques sont menées partout dans le monde. Elles évaluent l’efficacité des huiles essentielles dans le domaine de l’obstétrique et de la gynécologie.

Par exemple, Pam Conrad elle-même, en collaboration avec Cindy Adams, a mené en 2012 une étude pilote sur 28 femmes. Elles cherchaient à évaluer l’efficacité de l’aromathérapie sur l’anxiété et la dépression sur des femmes à haut risque pendant le post-partum. Les résultats montrent que l’inhalation ou le massage deux fois par semaine avec un mélange à 2% d’huiles essentielles de rose et de lavande permet la réduction significative du niveau de dépression et d’anxiété par rapport au groupe contrôle.

Parmi les études importantes, il faut citer les travaux de Burns et coll. (2000). Cette étude a été menée sur plus de 8000 femmes entre 1990 et 1998, (15 0000 pour le groupe contrôle) dans un centre hospitalier d’Oxford en Angleterre.
L’objectif était d’évaluer l’intérêt de l’aromathérapie pour le confort des femmes pendant l’accouchement et pour l’amélioration de la prise en charge par les sages-femmes.

Ainsi, dix huiles essentielles ont été sélectionnées pour leur action sur l’anxiété, les nausées, la douleur et leur potentiel à augmenter les contractions. Lavande, mandarine, citron, encens, camomille romaine, eucalyptus, menthe poivrée, sauge sclarée, rose et jasmin.
Au terme de l’évaluation, 50 % des femmes ont jugé les huiles essentielles efficaces. 1 % ont éprouvé des effets indésirables. De même, le groupe d’aromathérapie a eu moins recours aux médicaments antidouleur que le groupe contrôle.

Or, Pam Conrad s’est fondée sur cette étude de grande envergure pour élaborer son programme de formation auprès des sages-femmes et des infirmières. Après trente ans, les mêmes huiles essentielles, les mêmes modes d’application continuent d’être utilisés dans de nombreux hôpitaux.

Des convergences malgré l’hétérogénéité

Ces études cliniques permettent de vérifier la sécurité et l’efficacité (en usage externe) d’une vingtaine d’huiles essentielles en obstétrique et en gynécologie.
Comme souvent, il y a une certaine variabilité dans les méthodologies employées et la taille des échantillons. Néanmoins des convergences existent.
Ainsi, les données issues d’un des programmes élaborés par Pam Conrad concernant plus de 500 femmes confirment l’efficacité des huiles essentielles sur les nausées, les contractions et l’anxiété.
De plus, malgré l’hétérogénéité dans les études, une récente méta-analyse (Di Vito et coll. 2020) tend à confirmer l’efficacité de la lavande et de la rose dans le soulagement de la douleur de l’accouchement.

Quelles huiles essentielles pour les femmes ?

Voici une liste de quelques-unes des huiles essentielles présentées dans le livre. Celles qui ont le plus souvent fait l’objet d’études. De plus, elles sont utiles aux différentes étapes de la vie des femmes de la grossesse à la ménopause.

  • lavande vraie (Lavandula angustiflia, ssp angustifolia). L’huile essentielle le plus souvent étudiée. Elle apparaît comme la plus efficace quelles que soient les situations rencontrées : anxiété/stress/dépression, syndrome prémenstruel, douleurs de l’accouchement, post-partum, symptômes de la ménopause. On peut également citer la bergamote (Citrus bergamia), le petit grain bigarade (Citrus aurantium ssp amara, fruit) ou le néroli (Citrus aurantium ssp amara fleurs).
  • Essence de citron (Citrus limonum). Selon Pam Conrad, c’est la seule évaluée cliniquement au premier trimestre de grossesse contre les nausées, les vomissements et l’hyperémèse gravidique (Yavari et coll. 2014). Rappel : l’utilisation des huiles essentielles est déconseillée pendant les quatre premiers mois de la grossesse.
  • Sauge sclarée (Salvia sclarea) soulage la dysménorrhée. Elle est efficace pour faciliter un travail difficile ou dysfonctionnel et augmente les contractions. (Burns et coll 2007). Elles est aussi relaxante. Mais attention : elle présente des contre-indications.
  • Absolu de jasmin (Jasminum officinale), facilite aussi le travail et la relaxation.
  • Rose (Rosa damascena). Les études montrent son efficacité pour soulager les douleurs de l’accouchement. De même que le jasmin ou la camomille romaine (Burns et coll. 2000 et 2007). Elle agit aussi sur l’anxiété et le stress.
  • Le fenouil (Foeniculum vulgare) est cité dans deux études pour son action sur la lactation.

Les modes d’administration

Les seules voies d’administration examinées sont externes.

  • Inhalation : directement au flacon ou 1 à 3 gouttes sur un coton, ou avec un stick inhalateur (6 gouttes sur la mèche).
  • Diffusion : quelques gouttes dans un diffuseur adapté.
  • En massage : 1 à 3 gouttes d’huile essentielle diluées dans un cuillère à café d’huile végétale sur la zone douloureuse ou pour la détente.

D’autres méthodes d’administration sécuritaires sont décrites en détail dans l’ouvrage. Orienté vers les professionnel.l.e.s, ce manuel convient aussi bien à toutes les femmes.

Merci à Pam Conrad pour les précisions qu’elle m’a apportées.

Source :

Conrad P. (2019). Women’s Health Aromatherapy. A clinically evidence-based guide for nurses, midwives, doulas and therapists, Londres, Singing Dragon.

Références :

Burns, E E et al. “An investigation into the use of aromatherapy in intrapartum midwifery practice.” Journal of alternative and complementary medicine (New York, N.Y.) vol. 6,2 (2000): 141-7. doi:10.1089/acm.2000.6.141

Burns, E et al. “Aromatherapy in childbirth: a pilot randomised controlled trial.” BJOG : an international journal of obstetrics and gynaecology vol. 114,7 (2007): 838-44. doi:10.1111/j.1471-0528.2007.01381.x

Conrad, Pam, and Cindy Adams. “The effects of clinical aromatherapy for anxiety and depression in the high risk postpartum woman – a pilot study.” Complementary therapies in clinical practice vol. 18,3 (2012): 164-8. doi:10.1016/j.ctcp.2012.05.002

Di Vito, Maura et al. “Is aromatherapy effective in obstetrics? A systematic review and meta-analysis.” Phytotherapy research : PTR, 10.1002/ptr.6975. 9 Dec. 2020, doi:10.1002/ptr.6975

Yavari Kia, Parisa et al. “The effect of lemon inhalation aromatherapy on nausea and vomiting of pregnancy: a double-blinded, randomized, controlled clinical trial.” Iranian Red Crescent medical journal vol. 16,3 (2014): e14360. doi:10.5812/ircmj.14360

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